Rémunération des dirigeants : explosion des plafonds pour Dassault Systèmes dans le logiciel et Kering dans le luxe

Bernard Charlès, DG de Dassault Systèmes

C’est un record pour la rémunération moyenne des patrons des grandes entreprises françaises, selon la société de conseil aux actionnaires Proxinvest.

Une moyenne de 5,8 millions d’euros

En 2018, la rémunération moyenne des dirigeants des groupes du CAC 40 a atteint 5,8 millions d’euros. C’est une augmentation de 12% par rapport à 2017. Or, dans le même temps, les salariés des mêmes sociétés n’ont vu leur rémunération n’être augmentée que de 4,8 %.

L’accélération vers le haut est tirée par Dassault Systèmes et Kering

Le déplacement du curseur vers le haut pour les patrons est tiré par deux sociétés en particulier, Dassault Systèmes, leader français de l’informatique avec ses plateformes de conception 3D dans l’industrie, et Kering, groupe de luxe.

Bernard Charlès, directeur général de Dassault Systèmes, a été rémunéré 33 millions d’euros en 2018, en hausse de 35% grâce à « une très généreuse attribution gratuite d’actions de performance » selon Proxinvest. La société Dassault Systèmes conteste ce chiffre et déclare que la rémunération n’est que de 22,9 millions d’euros.

Une prime de performance sans conditions de performance

Deuxième du classement, François-Henri Pinault, PDG de Kering, voit sa rémunération évaluée à 17,3 millions d’euros grâce à une prime de 5,8 millions d’euros en cash (via une une prime exceptionnelle attribuée sous forme d’unités de performance sans condition de performance) et une rémunération indirecte de 5 millions d’euros depuis la maison mère Artémis de Kering dans le cadre d’une convention d’assistance, toujours selon Proxinvest. Kering estime pour sa part que la rémunération réelle n’est que de 12,2 millions d’euros.

Carlos Ghosn, ex PDG de Renault est rémunéré 14,3 millions d’euros

Troisième du podium, Carlos Ghosn, ex PDG de Renault et ex Président de Nissan est rémunéré 14,3 millions d’euros. Chez Renault, Carlos Ghosn n’a perçu aucune rémunération variable au titre de l’exercice 2018 et il a été privé d’actions gratuites et de retraite.  Chez Nissan, le coût communiqué au titre de l’exercice clos le 31 mars 2019 s’élève à 13,3 millions d’euros.

Il faut souligner qu’au bout du compte, la médiane des rémunérations au sein du CAC 40 baisse cependant de 12% à 4,1 millions d’euros, ce qui montre que la dérive provient surtout d’une poignée de dirigeants, pointe Proxinvest.

Dérapage dans le CAC 40, modération dans le SBF 120

Par ailleurs, le cabinet conseil considère que s’il y a un dérapage dans le CAC 40, le SBF 120 en revanche fait preuve de modération. La rémunération des dirigeants du SBF 120 atteint 3,6 millions d’euros en 2018 en baisse de 4%. Le rapport Proxinvest tient compte de l’ensemble des formes de rémunération des dirigeants attribué au titre de l’exercice 2018 : fixe, bonus annuel, jetons, avantages en nature, stock-options et actions gratuites de performance valorisées à leur date d’attribution, intéressement en numéraire et autres formes indirectes de rémunération.

« La hausse de 3% des rémunérations fixes du CAC 40 est trop rapide »

La hausse de 3% observée pour les rémunérations fixes du CAC 40, supérieure à l’inflation, est jugée trop rapide par Proxinvest qui constate par ailleurs dans les packages de rémunération la quasi-disparition des stock-options (2% du total) et la prépondérance des actions gratuites (34% du total). Ces dernières sont généralement assujetties à des conditions de performance de moyen-long terme mais ont l’inconvénient d’être parfois attribuées dans des volumes incontrôlés, considère Proxinvest.

Proxinvest estime qu’il n’y a pas de justification de l’ampleur des hausses de rémunération au sein du CAC 40, tant sur le plan de la performance actionnariale que sur le plan de la cohésion sociale. Sur 2018, Proxinvest observe une baisse de 6,2% des bénéfices nets cumulés au sein du CAC 40 à échantillon constant et une baisse de 8% de l’indice CAC 40 Dividendes réinvestis. A l’heure où la Loi Pacte obligera les sociétés à communiquer sur les écarts d’évolution vis-à-vis des salariés (« ratio d’équité »), Proxinvest estime que la hausse des rémunérations des dirigeants du CAC 40 est trois fois plus rapide que celle des salariés, tant en 2018 que sur la période 2014-2018.

Des pertes massives mais une rémunération de 11,7 millions d’euros

On relèvera également la rémunération de Douglas Pferdehirt, désormais PDG de TechnipFMC, de 11,7 millions d’euros qui arrive en quatrième place du classement. « Or la société affiche des pertes nettes de 1,7 milliard d’euros, une baisse de 16% de son chiffre d’affaires, une  baisse de son cours de 61% depuis la fusion, et un contexte social très dégradé » décrit Proxinvest. « Il s’est de nouveau vu attribuer des instruments de rémunération (options et actions gratuites) assortis d’aucune condition de performance, mauvaise pratique usuelle aux Etats-Unis mais non conforme au code AFEP-MEDEF » s’offusque le cabinet conseil.

Enfin, Jean-Paul Agon, PDG de L’Oréal, occupe la cinquième place du classement avec 9,5 millions d’euros. Cette rémunération est en léger recul de 0,5%. Le PDG présente la rémunération fixe (2,2 millions d’euros) et la rente attendue de retraite (1,6 millions d’euros) les plus élevées du CAC 40, conclut Proxinvest.

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