Mounir Mahjoubi : « l’intelligence artificielle ressemble aux hommes pas aux femmes »

Mounir Mahjoubi, secrétaire d'état au numérique, 17 avril (Crédits Photo Aurore Vinot)

Les intelligences artificielles telles qu’elles sont conçues aujourd’hui, ressemblent aux hommes car ce sont eux qui les conçoivent.  Ce biais doit disparaître, les femmes doivent s’en préoccuper et pour cela investir le secteur du numérique. C’est ce que souhaite Mounir Mahjoubi, secrétaire d’état au numérique. Il a pris la parole à l’occasion de la journée de la femme digitale, le 17 avril.

L’intelligence artificielle transforme notre quotidien

« Avec l’intelligence artificielle,  c’est tout notre quotidien, et le système productif qui changent. Or, cette intelligence artificielle, ces robots, ressemblent à ceux qui les conçoivent. Ce sont des hommes qui les fabriquent, et donc l’intelligence artificielle ressemble aux hommes » affirme le secrétaire d’état.

« L’intelligence artificielle ressemble aux communautés de développeurs et d’ingénieurs qui l‘ont conçue. Et donc on introduit des biais. Et ces biais ils sont absolument partout. On va reproduire des biais que l’on va diffuser dans la société » s’alarme-t-il.

Elément complémentaire, une partie de l’intelligence artificielle se base sur des jeux de données pour apprendre. « Ces jeux de données on les trouve sur internet, il se trouve que ces jeux de données sont biaisés eux aussi, parce qu’il y a plus de garçons qui agissent sur internet, il y a plus d’ingénieurs qui ont participé à la création des communs, notamment dans Wikipédia » pointe-t-il.

Un danger massif pour nos sociétés

« Si nos intelligences artificielles se basent sur des données existantes qui sont elles-mêmes biaisées, on en rajoute une couche. Cela introduit un danger massif dans nos sociétés » estime-t-il. Or malgré le temps qui passe, les femmes restent largement sous représentées dans le numérique et l’informatique.

« Je suis en charge la transformation numérique de l’état, et  quand je réunis tous les DSI de l’état, sur près de 100 hommes, il y a seulement 2 femmes ! » Il n’en revient pas d’autant plus que l’on n’a jamais autant recruté dans le numérique.

Les chiffres ne progressent pas pour les femmes. « Le numérique offre de nouvelles opportunités, parmi les plus hauts salaires, avec des carrières accélérées et des évolutions internationales. Et pourtant ces carrières là ne sont pas assez féminines alors que l’on parle partout de l’égalité salariale » dit-il.

Une pression sociale qui change tout à 14 ans

Dans le même temps, il constate qu’en primaire, filles et garçons parlent de la même manière du numérique et font des projets dans ce domaine. Mais tout cela disparaît au collège. Ce biais vis-à-vis des technologies pour les filles doit disparaître estime-t-il.  « Elles doivent pouvoir se dire qu’elles peuvent être ingénieures et très féminines, ou ingénieures et très masculines » illustre-t-il. La diversité des projections qu’ont les enfants doit être maintenue.

Pour cela, il faut former tout un chacun, parents, enseignants, pour éviter que les valeurs de certains ne se transforment en pression sociale rendant difficile pour une jeune fille de 14 ans de devenir développeuse informatique alors qu’elle en a envie. Le secrétaire d’état estime que la prise de conscience est là, en particulier avec l’initiative femme @ numérique qui réunit une trentaine d’associations et de grandes entreprises.

Une réaction sur “Mounir Mahjoubi : « l’intelligence artificielle ressemble aux hommes pas aux femmes »” :

  1. Cyril

    Je ne suis pas convaincu que l’IA ressemble foncièrement plus aux hommes qu’aux femmes, du fait du caractère casual désormais des smartphones et de l’internet, par ex des blogs.
    Si certes au collège les garçons s’orientent massivement vers les jeux vidéo et en cela ne sont pas suivis par les filles, cela n’est pas une raison pour créer un clivage, au contraire la filière numérique se démocratise en suivant la filière des jeux vidéo en devenant casual, c-a-d utilisée par tous et intéressante pour tous, hommes & femmes, jeunes & plus âgés.
    De même pour le développement de code, ce n’est pas le plus passionnant.
    Concrètement et en particulier dans l’intelligence artificielle, les filles savent (et les enseignants doivent le leur rappeler) qu’elles pourront y exprimer leurs talents de graphiste en infographie, de scénariste par ex en film d’animation, de linguiste ou psychologue pour les agents conversationnels, de CRM pour la relation client, etc. C’est plutôt ici que des vocations se créeront, d’autant que les filles me paraissent globalement plus douées en mathématiques et linguistique que les garçons, donc à défaut d’obstacles on voit beaucoup d’opportunités.

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