La Poste veut prendre sa place dans l’intelligence artificielle

Eric Alix, Chief Data Officer du groupe La Poste, 11 juin

La société grenobloise Probayes est le bras armé du groupe La Poste dans l’intelligence artificielle. Une arme appelée à grandir rapidement.

Agir dans tous les domaines

« Il s’agit d’une activité multi-secteurs » précise Eric Alix, Chief Data Oficer (directeur des données) du groupe La Poste (depuis 3 ans) et directeur général depuis 2 ans de Probayes.   il a pris la parole à l’occasion de l’événement AI Paris, le 11 juin.

100 Data Scientists comme objectif chez Probayes

L’objectif de cette filiale est la recherche et le développement en intelligence artificielle et de répondre aux usages multi-secteurs. Elle doit grandir des 55 Data Scientists qu’elle emploie actuellement (Il y avait 25 Data Scientists lorsque La Poste l’a acquise, il y a 2 ans), à 80 bientôt et 100 à terme, annonce son directeur général. Cette taille critique est importante pour rester compétitif dans une multitude de disciplines, comme l’optimisation, le traitement du langage et de l’image, etc. « nous avons des équipes spécialisées qu’il faut nourrir, grâce à cette taille critique », dit-il.

Probayes est par exemple acteur dans le programme de recherche de Toyota en Europe sur le véhicule autonome. « Nous intervenons souvent comme une composante d’équipe à l’international » précise-t-il. L’entreprise est une filiale à 100% de La Poste, acquise lorsqu’elle avait 13 ans d’existence. La taille critique est nécessaire « afin d’avoir un centre de compétences à l’état de l’art et traiter une diversité de sujets pour avoir ces talents dans toutes les disciplines de l’intelligence artificielle » souligne le DG.

4 millions d’euros de chiffre d’affaires

Probayes réalise seulement 4 millions d’euros de chiffre d’affaires car elle fait beaucoup de recherche et développement, explique Eric Alix. « Nous voulions garder une grosse partie de R&D. Sans R&D on n’arrive pas à tenir l’état de l’art longtemps. Il y a un nombre exponentiel de brevets et de publications sur l’intelligence artificielle. Pour suivre cela sur plusieurs domaines, il faut une taille critique et  des gens qui vous amènent cet état de l’art, donc garder de la R&D forte » souligne-t-il. « Il faut de la diversité des cas, il faut en avoir beaucoup, pour garder la promesse d’une publication qui sort aujourd’hui, et dans 6 mois, je sais l’opérationnaliser sur un projet, ça c’est dur à faire » précise-t-il.

La Poste pèse 30% de l’activité de sa filiale spécialisée en intelligence artificielle

A peine 30% de son activité est issue de La Poste. Huit grandes directions travaillent sur l’intelligence artificielle : le courrier colis, l’express avec Geopost International concurrent de DHL et UPS, la banque et l’assurance, le réseau et les agences de La Poste, et la branche numérique, qui réalise de la dématérialisation et de l’identité numérique, etc.

« L’intelligence artificielle doit toucher tous les métiers » pense le DG. Cela concerne par exemple la logistique, où les prévisions doivent indiquer où placer les agences à 10 ans, de la simulation et de l’optimisation pour trouver les meilleurs schémas de transport, et des prévisions à court terme pour chaque semaine sur un horizon de trois mois sur comment affecter les ressources en termes de camions et de plateformes notamment en période de noël, etc. Côté banque, il faut mesurer tout ce qui est risque opérationnel, les clients qui sortent et entrent.

Les réseaux profonds de reconnaissance d’image

Il y a également le traitement de documents. Côté courrier, il y a tout ce qui est OCR (Optical Character Recognition), amélioré par la reconnaissance d’image et les réseaux profonds. « Est-ce que l’on peut gagner quelques points de plus de reconnaissance, c’est beaucoup de qualité de service, on est capable de prendre une décision tout de suite sur un pli, au lieu de passer par des centaines de personnes qui regardent les images, on peut agir sur les réexpéditions et c’est des dizaines de millions d’euros d’économies si on arrive à faire cela » s’enthousiasme le responsable.

30 projets en intelligence artificielle à la Poste

Au sein de La Poste, il s’agit de délivrer des services personnalisés, « c’est ce que souhaitent les clients » déclare Eric Alix. La Poste mène actuellement 30 projets en intelligence artificielle dans toutes ses branches, dont la logistique, les risques opérationnels sur la banque, les risques de churn, … « Nous travaillons également sur la reconnaissance optique de caractères afin de gagner quelques points de précision » dit-il. Tout cela s’appuie sur un centre de services de données, et une plateforme « smart Lake » pour faire un traitement en masse et en temps réel des données et avec une offre de services à toutes les directions de toutes les branches de La Poste.

Au passage, Watson l’intelligence artificielle d’IBM est vivement écartée. « Ces solutions américaines sont très très chères pour du traitement de l’email » tranche Eric Alix. « Nous on regarde comment on fait une réponse 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, c’est ce que demande le consommateur. C’est trop compliqué de mettre beaucoup de gens pour assurer cette plage horaire. On est beaucoup dans le traitement de premier niveau » précise-t-il. « Il ne faut pas détruire la relation entre les employés et leurs clients » Avec l’arrivée de l’intelligence artificielle, l’objectif est d’augmenter cette relation mais pas de la remplacer. Pas d’automatisation totale de cette relation. Le bot doit donner de l’information au conseiller afin que le client bénéficie d’un service de meilleure qualité et personnalisé.

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