L’actualité de la transformation

Usage de l’IA : les leçons du numéro 1 français du e-commerce CDiscount

Thomas Metivier, PDG de CDiscount, prépare l'arrivée de l'IA agentique

L’ADN de CDiscount, leader français, est le commerce. L’IA est maintenant au cœur de son activité. Les modèles de Machine Learning sont omniprésents tant sur la marketplace qu’en back-office. Il se prépare à la vague de l’IA agentique qui se lève déjà aux Etats-Unis.

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L’IA arrive à cet instant pivot de faire basculer l’humanité dans une nouvelle ère.Le moment peut être comparé à celui où Internet sortait du monde de la recherche et de la défense pour se diffuser dans le public ou, à la sortie de la seconde guerre mondiale, la mécanisation faisait passer l’emploi agricole de 30 % à 3 % aujourd’hui, au profit de l’industrie et des services.

Les grandes transformations ont pour effet d’améliorer la qualité des produits et de transformer le travail

C’est ainsi que Thomas Métivier, PDG du e-commerçant CDiscount considère l’arrivée de l’IA et la fait que les grandes transformations ont toujours eu pour effet d’améliorer la qualité des produits et de transformer le travail. « Un chef d’entreprise doit garder en tête ces deux boussoles » recommande-t-il.

Il s’agit de répondre aux nouvelles attentes des clients et d’accompagner les équipes. «  D’une part, [le dirigeant doit] se dire qu’est-ce que l’on fait, qu’est-ce qui va changer dans les attentes de nos clients, et comment est-ce que l’on doit faire pour y répondre ? » débute-t-il. « D’autre part, il doit s’interroger sur comment aider ses équipes, comment leur permettre de s’emparer de ces nouveaux outils pour transformer leur quotidien et rendre leur travail plus fluide et plus facile » ajoute-t-il.

Des IA pour gérer l’équivalent de 400 hypermarchés en ligne

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Le e-commerce est aux avant-postes de cette transformation par l’IA. Thomas Métivier a fait le choix de développer l’infrastructure technique depuis l’origine de CDiscount. Le site dispose de 2 000 collaborateurs basés à Bordeaux pour menés ces développements, avec beaucoup d’IA pour gérer le million de produits commercialisés sur sa marketplace par 10 000 vendeurs partenaires. 

“Depuis le lancement de notre marketplace, nous sommes entrés dans l’IA, un peu contraints et forcés car au départ notre ADN était très commerçant”

Il faut aider le consommateur à s’y retrouver. « Un million de produits, c’est l’équivalent de 400 hypermarchés, et on ne va pas vous demander, quand vous allez sur le site, de parcourir les régions de 400 hypermarchés pour trouver votre produit » constate-t-il. Tout doit se dérouler de manière transparente pour le client. « Nous avons 200 millisecondes pour vous trouver le produit qui répond à votre demande. Depuis 15 ans, depuis le lancement de notre marketplace, nous sommes entrés dans l’IA, un peu contraints et forcés car au départ notre ADN était très commerçant » explique-t-il.

Depuis, CDiscount fait de plus en plus appel à l’IA comme un élément de différenciation, un élément de performance commerciale. Aujourd’hui, sur le parcours client, il y a de l’ordre de 50 algorithmes qui tournent en permanence. Cela va de la création du catalogue par les vendeurs, les systèmes de modération, la diffusion du catalogue des produits sur Google et les réseaux sociaux.  Et tous les systèmes de recommandation, de personnalisation et de détection de fraude font appel à l’IA.

Un usage important de l’apprentissage automatique

Une large majorité de ces IA sont des modèles “traditionnels” de l’apprentissage automatique, le Machine Learning. Une équipe d’une trentaine de Data Scientists réalise l’adaptation de modèles d’IA du marché, leur adaptation aux cas d’usages de CDiscount et une centaine de Data Engineers travaille pour alimenter ces algorithmes en données.

Les modèles de Machine Learning donnaient des résultats intéressants, mais nous voyions bien que ce n’était pas totalement satisfaisant … [Avec] l’arrivée de ChatGPT pour la première fois, l’IA sortait des équipes de Data Science”

« En 2022, quand nous avons vu arriver l’IA générative, c’était avant ChatGPT. Nous n’avions que les modèles, mais nous avons jugé cela très prometteur car cela allait nous permettre de résoudre les types de problèmes qu’on ne savait pas résoudre avec les modèles précédents » se souvient-il. « Typiquement, [il s’agit de ] la résolution de problèmes liés à du texte. Les modèles de Machine Learning précédents donnaient des résultats intéressants, mais nous voyions bien que ce n’était pas totalement satisfaisant. Et puis, la deuxième révolution, c’est l’arrivée de ChatGPT. Pour la première fois, l’IA sortait des équipes de Data Science » souligne-t-il.

Le DG décide alors de miser sur l’IA générative dans 3 grands domaines, le catalogue des produits, l’interaction et les échanges avec le client,  et l’excellence opérationnelle.

Le catalogue produit, priorité numéro 1 d’une marketplace

Le catalogue des produits reste la première des batailles pour une place de marché. Sur ce plan, l’IA générative permet à CDiscount de mieux catégoriser les produits. Elle intervient en complément des modèles de Machine Learning traditionnels. « Cette approche nous permet d’être plus performants. On appelle d’abord un modèle de Machine Learning, puis le modèle génératif. Cela permet de diviser par deux le taux d’erreur dans la catégorisation » déclare le PDG.

« Un produit qui est bien catégorisé, fait 30 % de ventes en plus. L’impact est immédiat »

L’’IA Générative vient enrichir le contenu, en particulier remplir les caractéristiques techniques d’un produit, reformater les titres pour une masse de fiches produit à grande échelle. Dix millions de produits actuellement sur le site ont bénéficié de ce traitement. « Un produit qui est bien catégorisé, fait 30 % de ventes en plus. L’impact est immédiat » insiste le dirigeant. L’IA générative intervient aussi dans l’importation des fichiers des produits des vendeurs partenaires.

L’IA générative assure la correspondance (matching) automatique entre les champs de données du fichier importé et les champs de la marketplace. « Des vendeurs qui passaient des heures pour intégrer entre 80 % et 90 % de leur catalogue, peuvent aujourd’hui charger 100% du catalogue en quelques minutes » se réjouit le dirigeant. « C’est mieux aussi pour les clients car un maximum de caractéristiques sont correctement saisies ». Lancée en septembre 2025, cette nouvelle fonctionnalité à été mise en œuvre par quelques dizaines de vendeurs et Thomas Métivier espère atteindre 1 million d’euros de ventes additionnelles d’ici la fin d’année 2025 grâce à ce surcroît de nouveaux produits.

1 million de conversations pour le chatbot

Le domaine de prédilection d’un grand modèle de langage ou LLM (Large Language Model) reste la recherche de produit. CDiscount la met en œuvre pour aider le moteur de recherche à comprendre les intentions du visiteur. Le chatbot du site compte déjà plus d’un million de conversations tenues et une réflexion est en cours pour exploiter l’IA lorsque le visiteur préfère avoir une interaction avec un humain.

CDiscount a développé ses services MCP pour son moteur de recherche, les informations de produit, la livraison. Le processus de vente ira jusqu’au checkout

CDiscount prépare désormais le « coup d’après », c’est-à-dire l’intégration avec les chatbots du marché, via une technologie qui s’appelle MCP (Model Context Protocol), la base technologique de l’IA agentique. Le commerçant français a développé ses propres services MCP pour son moteur de recherche, les informations de produit et de livraison. Tout le processus de vente va progressivement être couvert, jusqu’au checkout. « C’est évidemment quelque chose qui va venir avec le temps » estime le PDG.

Le cadre réglementaire doit se préciser. « Nous avons un enjeu réglementaire et l’Europe est en retard par rapport aux Etats-Unis. OpenAI a lancé des Apps aux Etats-Unis, mais pas en Europe pour des questions réglementaires. Nous nous tenons prêts à y aller dès que ce sera possible car nous sommes convaincus que c’est là que nos consommateurs nous attendent. »

L’IA au service des équipes métiers et des développeurs

Enfin, le troisième pilier pour CDiscount porte sur l’excellence opérationnelle, c’est-à-dire l’IA au service des équipes métiers. « Nos développeurs ont gagné à peu près 20 % de productivité avec Github Compilers et avec Cursor » annonce le PDG. L’IA est mobilisée également dans la relation client. « Nous le faisons aussi pour les équipes de la relation client et on a aujourd’hui certaines typologies de requêtes par nos clients où on peut avoir jusqu’à 75 % de réponses qui sont bonnes du premier coup » dit-il. « Les gains de productivité obtenus sont de l’ordre de plusieurs dizaines de %. »

“On a près d’une centaine de GPT, donc de petits agents qui ont été construits par nos équipes pour faciliter leur quotidien et dont certains sont partagés”

L’autre approche suivie par la marketplace est de confier des outils d’IA aux équipes afin qu’elles puissent construire ce dont elles ont besoin. « Nous avons fait le choix de partir avec les solutions GPT et on a aujourd’hui 500 collaborateurs qui utilisent au quotidien GPT et envoient une centaine de messages par mois » poursuit-il. « En fait, ça veut dire que c’est utilisé dans leur quotidien et surtout, le plus intéressant, on a près d’une centaine de GPT, donc de petits agents qui ont été construits par nos équipes pour faciliter leur quotidien et dont certains sont partagés. »

Enfin, le PDG de CDiscount évoque le traitement de la dette technique, toutes ces applications anciennes considérées comme désormais trop coûteuses à redévelopper. « Je pense à une grande opportunité des outils génératifs, c’est la refonte des vieux codes, des codes legacy qu’on peut avoir » réfléchit-il. « Nous avons 25 ans, ça nous donne une marque forte, ça nous donne aussi quelques années de legacy informatique derrière nous. Notre challenge est d’être capable de reprendre ce code-là pour le mettre à des standards plus modernes. »

Un véritable enjeu sociétal pour la France

Outre cette stratégie d’entreprise, Thomas Métivier estime que la France doit faire face à enjeu culturel et sociétal fort sur cette thématique de l’IA. « Aujourd’hui, le débat public est saturé de messages parfois anxiogènes. On parle d’emplois supprimés, de risques sur les données, de machines qui vont nous gouverner… »

Il ne faut pas qu’on fasse avec l’IA générative ce qui s’est passé avec les robots. La France a été hostile aux robots et nous sommes le pays avec le Royaume-Uni, où l’emploi industriel a le plus baissé”

Il souligne que les réglementations françaises et européennes sont déjà les plus strictes au monde. « Il ne faut pas qu’on fasse avec l’IA générative ce qui s’est passé avec les robots. La France a été le pays d’Europe le plus hostile aux robots et en réalité, nous sommes le pays avec le Royaume-Uni, où l’emploi industriel a le plus baissé. Au contraire, les pays qui ont mis le plus de robots dans leurs usines sont ceux qui ont eu le plus d’emplois industriels. Il faut être fier de ce que l’on fait avec l’IA générative, il faut porter cette transformation car nos concurrents le font déjà » encourage-t-il.

Au final, l’IA soutient la stratégie de CDiscount. « L’IA générative est vraiment au cœur de notre stratégie de développement, de notre stratégie technologique qui s’est discutée alors que ça fait plus de 3 ans qu’on s’est lancé dans cette aventure » termine-t-il.

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