Les terminaux, poids lourd de l’impact écologique du numérique

Les terminaux génèrent 80% des gaz à effet de serre liés au numérique

Le numérique va peser de plus en plus lourd dans la facture écologique, avec les terminaux en tête. C’est que détaille dans cette tribune Raja Trabelsi, Docteur en impact carbone et environnement pour la société Saaswedo, spécialiste de l’environnement de travail durable.

Le numérique a envahi notre quotidien. Les Français ont du mal à détourner leurs regards des écrans entre les smartphones, les PC portables, les TV et les tablettes. On compte en moyenne 8 équipements par utilisateur. Bien que le numérique donne l’impression d’être immatériel, impalpable et hautement virtuel, une pollution bien réelle se cache derrière lui.


Multiplier le poids d’un appareil par 16 pour connaître la pollution qu’il génère

Pour illustrer la pollution d’un appareil connecté, il suffit de multiplier son poids par près de 16 pour avoir une idée de la pollution qu’il génère. Ces équipements consomment près de 5 fois plus de ressources naturelles que le parc automobile français. On estime que la pollution numérique sera équivalente au trafic automobile mondial en 2025.

Les émissions du numérique peuvent atteindre 6,7% des émissions de la France en 2040 sans politique publique de sobriété numérique

D’autre part, une étude du Sénat sur l’empreinte environnementale du numérique a conclu qu’en 2018 l’impact du numérique était de 3,7% des émissions mondiale de gaz à effet de serre et de 4,2% de la consommation mondiale d’énergie primaire. En 2022, cet impact atteint 4% des émissions des gaz à effet de serre et 10% de l’électricité mondiale. Enfin, l’étude estime que les émissions du numérique peuvent atteindre 6,7% des émissions de la France en 2040 si aucune politique publique de sobriété numérique n’est déployée.

La croissance continue de ces chiffres reflète le suréquipement et la hausse continue des usages. Ces émissions de gaz à effet de serre (GES) sont produites par 3 technologies informatiques majeures. Sur la plus haute marche du podium, et de loin, les terminaux génèrent 80% des GES liés au numérique. Les Data Centers arrivent en deuxième position (15% des GES) et à la troisième place, on trouve les réseaux (5% des GES).

La fabrication est cinq fois plus coûteuse en carbone que l’usage

En regardant de plus près le cycle de vie des équipements informatiques, la phase de fabrication et de distribution, la phase « amont », est la plus coûteuse en carbone, avec un impact 5 fois plus important que la phase « d’usage ».

La phase de fabrication présente 79% de l’empreinte carbone des équipements

La phase de fabrication présente ainsi 79% de l’empreinte carbone des équipements. Cela s’explique d’abord par les opérations consommatrices d’énergie fossile qu’elle génère telles que comme l’extraction de matières premières, ensuite par le fait que ces matières soient largement importées de pays d’Asie du Sud-Est, d’Afrique et du sud de l’Amérique. Cette phase pèse donc lourdement sur l’ensemble des ressources naturelles.

Ce « sac à dos écologique d’un objet numérique », autrement dit l’ensemble des ressources naturelles nécessaires à sa fabrication d’un produit, englobe la quantité de matériaux extraits, le pétrole et l’eau utilisée. En moyenne, les appareils électriques mobilisent 50 à 350 fois leur poids en matières premières. Cela représente 600 kg pour un PC portable, 200 kg à 250 kg pour un smartphone, 1 à 3 tonnes pour un ordinateur de bureau et 500 kg pour une box internet.

L’usage d’un PC consomme seulement le tiers de l’électricité totale de son cycle de vie

Par ailleurs, la consommation d’énergie d’un ordinateur utilisé pendant 3 ans sur l’ensemble du cycle de vie est de 4 222 kWh. Seulement 34 % de la consommation d’énergie du cycle de vie d’un ordinateur surviennent donc au cours de la phase d’utilisation de trois ans. Le coût énergétique de la phase de fabrication est particulièrement important en raison des coûts énergétiques élevés des semi-conducteurs et de la courte durée de la phase d’utilisation.

Moins de 20% des déchets numériques mondiaux collectés sont recyclés

Une fois les équipements arrivés en fin de vie, un traitement des DEEE, déchets électriques et électroniques, est recommandé. Selon les experts du WEEE (Waste Electrical and Electonic Equipement), bien que la plupart des matériaux contenus dans ces appareils soient recyclables et réutilisables, moins de 20% des déchets numériques mondiaux collectés sont recyclés. Ce qui a ainsi pour conséquence de créer une accumulation de déchets, une pollution croissante et des risques pour la santé. Entre 2015 et 2020, la quantité des déchets électriques a augmenté 3 fois plus vite que la population humaine.

Pour répondre à ces problématiques, le gouvernement français a récemment lancé un appel à projet « Numérique écoresponsable ». Le but est de soutenir les initiatives qui favorisent la transition vers un numérique plus respectueux de l’environnement et de faire émerger une économie du numérique innovante, circulaire, éco-responsable, compétitive et souveraine. Cet appel à projet s’adresse aux entreprises, aux associations, aux collectivités territoriales et aux laboratoires de recherche qui proposent des projets innovants dans le domaine du numérique éco-responsable.

Miser sur l’éco-conception des produits et des services numériques

Les projets éligibles peuvent concerner différents aspects du numérique éco-responsable, tels que la réduction de la consommation d’énergie des infrastructures numériques, l’éco-conception des produits et des services numériques, la gestion responsable des données, la sensibilisation et l’éducation aux enjeux environnementaux liés au numérique.

Les solutions sont dans l’éco-conception, la sobriété numérique, et l’économie circulaire

Cette stratégie s’articule autour de 4 axes d’actions. Le premier est le développement de la connaissance de l’empreinte environnementale du numérique et le soutien de la recherche dans le domaine de l’éco-conception et de la sobriété des solutions numériques. Le deuxième est de favoriser l’innovation pour une économie circulaire dans le secteur du numérique, afin de faire de la France un leader de l’éco-conception, de la sobriété et de l’allongement de la durée de vie des solutions numérique.

Le troisième point est la création de formations continues et initiales relatives au numérique responsable. Enfin, le quatrième axe est la sensibilisation et l’accompagnement des différents acteurs dans le cadre de la transformation numérique éco-responsable. Reste à savoir si l’ensemble des projets retenus seront à la hauteur du défi que représente l’impact carbone et écologique du numérique.

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