Le groupe hôtelier Accor se prépare pour devenir une plateforme de Flex Office

Sébastien Bazin, PDG Accor

C’est une profonde transformation de son groupe hôtelier que prépare Sébastien Bazin, PDG du groupe Accor. Face à la perte probable d’une part de la clientèle d’affaires à cause du recours plus important aux téléconférences, le dirigeant veut faire pivoter son groupe et le transformer en plateforme de Flex Office – Bureau flexible – ainsi que doper l’activité de services locaux de chacun de ses 5200 hôtels présents dans 110 pays. La période actuelle est difficile pour le groupe qui au 1er trimestre de 2021 a perdu la moitié de son chiffre d’affaires par rapport à 2020.

Travailler de n’importe où, la nouvelle donne


On trouvera donc des parties Flex Office dans tous les hôtels du groupe Accor. « Le Flex Office, à ne pas confondre avec le coworking,  c’est la capacité qui est donnée aux 8 milliards de gens [NDLR : nombre d’habitants sur la planète] de travailler de n’importe où et pas uniquement d’un immeuble dédié de coworking » décrit Sébastien Bazin. Dans ce cadre, les gens peuvent aller travailler à l’hôtel, dans un restaurant, dans un musée ou même dans le bureau de quelqu’un d’autre. Ils viennent avec leur ordinateur et ils peuvent travailler. « Le tout c’est qu’ils soient attendus, de manière à ce qu’ils puissent arriver en étant identifiés, et qu’on puisse leur apporter ce dont ils ont besoin. On sait faire cela, on sait recevoir des gens et prendre soin des autres » décrit le dirigeant. Il a pris la parole sur le plateau de BFM, le 6 mai. C’est une transformation du modèle d’Accor. « C’est un univers qui est gigantesque, peut être plus grand que celui dans lequel je suis aujourd’hui, qui va nous donner la capacité de pivoter » pense le PDG.

« Je veux pouvoir mettre au sein d’une même plateforme mes 5200 hôtels et les dizaines de milliers de bars, de restaurants, de musées, d’appartements« 

L’offre de Flex Office d’Accor a vocation à devenir une place de marché. « Je veux pouvoir mettre au sein d’une même technologie, d’une même plateforme, non seulement mes 5200 hôtels et mes 110 pays, mais aussi les dizaines de milliers de bars, de restaurants, de musées, d’appartements » présente Sébastien Bazin. Le dirigeant veut faire du Flex Office pour d’autres marques que la sienne et s’appuyer sur les technologies. « Je veux que des groupes historiques comme les nôtres soient en capacité de rebondir, d’utiliser des outils techniques, digitaux, et créer des places de marché. J’en ai marre de voir des gens autour de moi qui n’ont pas les mêmes qualités que le groupe Accor et qui valent 10 fois le groupe Accor. Il est temps que l’on rentre sur leur territoire » annonce-t-il.

Avec la fin de la crise sanitaire qui se profile, Sébastien Bazin table sur un retour à un niveau d’activité de ses hôtels similaire à celui de 2019 pour la fin de 2022 ou au début de 2023. La baisse de fréquentation des voyageurs d’affaires risque toutefois de demeurer sur la durée. Bill Gates, fondateur de Microsoft, tablait en novembre 2020 sur la baisse de 50% des voyages d’affaires dans un monde d’après Covid.  « Je ne suis pas dans ces chiffres là » réagit Sébastien Bazin. « Nous risquons de perdre entre 15% et 20% des voyageurs  d’affaires » pense-t-il. « Pourquoi ? Parce que les outils digitaux fonctionnent très bien. Les gens ont changé leurs habitudes, la personne qui vient de Seattle pour aller à Paris, avant de prendre son avion, la première démarche se fera par Zoom, par Webex » reconnaît-il.


On ne signe pas une transaction si l’on ne se déplace pas

Le PDG table ainsi sur un impact sur 18 à 24 mois de la baisse des voyages d’affaires, parce que les gens vont continuer avec les outils digitaux dont ils ont pris l’habitude. Il estime cependant que les gens réalisent que l’on ne signe pas une transaction si l’on ne se déplace pas. « Le contact humain, cela change tout. Celui qui va rester à Seattle, si son concurrent prend l’avion, je vous promets que le concurrent va gagner le contrat » dit-il. Autre axe de rebond de son activité, le PDG souhaite transformer ses hôtels en lieux d’activités et de services locaux afin de faire venir la clientèle du quartier, à la façon de ses hôtels Mama Shelter. Cette évolution était lancée bien avant la crise sanitaire. « Nos marques lifestyle comme Mama Shelter ont réussi parce que 50% des gens qui entrent dans l’hôtel ne vont pas dormir dans l’hôtel. Ce sont des gens qui habitent le quartier, qui ont besoin de venir prendre un café, de rencontrer quelqu’un » présente-t-il.

« Je vais enfin m’adresser aux 6,5 milliards de personnes qui n’ont pas besoin d’un hôtel »

« On s’aperçoit qu’il va falloir que l’on accompagne le client en dehors de son séjour. C’est-à-dire qu’on lui propose d’aller découvrir cette ville, s’il y a un événement le soir même, on va lui prendre des places, on va lui faire découvrir son quartier, etc. » décrit-il. « Il y a près de 8 milliards de gens sur cette planète, et il y en a 6,5 milliards auxquels je ne me suis jamais adressé, ce sont les gens qui habitent dans nos villes, et qui n’ont pas besoin d’un hôtel. Je vais enfin m’adresser à eux » avance-t-il. Dernier point, le dirigeant s’attend à ce que 25% des collaborateurs de ses hôtels ne reviennent pas travailler alors que la reprise se prépare et que les hôtels Accor sont pleins pour août prochain.  « Ce sont des personnes qui ont appris à passer du temps précieux avec leur famille. Ils  ont envie de changer de vie, ils ont pris le temps de la réflexion » relève le PDG.

Sébasten Bazin pense que ces personnes en ont assez d’avoir sacrifié ce temps précieux en travaillant les weekends et le soir. Le dirigeant évoque le fait que les contraintes soient mieux réparties entre les collaborateurs. « Peut être que d’autres peuvent sacrifier 1 weekend par mois de manière à ce qu’il y en ait un qui puisse se reposer 1 weekend par mois » suggère-t-il. Et surtout, Sébastien Bazin souhaite mieux prendre en compte la pénibilité de certaines tâches. « Il va falloir que l’on accepte que ces gens là ne reviennent pas, ou alors il faudra que l’on accepte de les rémunérer plus, que ce soit plus polyvalent. Je n’ai absolument pas les moyens de payer plus mes salariés mais pourquoi pas. Il y a des travaux pénibles dans les hôtels et les restaurants, il faut mieux revaloriser ces personnes par le salaire ou par autre chose » conclut-il.

Un groupe qui emploie 260 000 personnes dans le monde

Le groupe Accor est présent dans 110 pays avec 5100 hôtels et 10 000 restaurants et bars ainsi que des lieux de spectacles. Accor emploie 260 000 personnes. Son programme de fidélité annonce 68 millions de clients. Parmi les marques du groupe Accor, on peut citer Novotel, Adagio, Ibis, Sofitel, Mama Shelter, Jo & Joe, Fairmont ou Raffles.

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