Renault veut devenir leader des services de mobilité grâce à la Software République

Les dirigeants d'Atos, Dassault Systèmes, Renault, STMicroelectronics et Thalès

Faire de Renault un champion de la mobilité éco-responsable, c’est ce que veut réussir Luca de Meo, directeur général du groupe Renault. Les gammes de véhicules du constructeur vont être adaptées et le DG veut commercialiser des services de mobilité à destination des municipalités. Pour cela, il a lancé en janvier dernier l’initiative « Software République » en incitant à le rejoindre quatre poids lourds technologiques, plus habitués à être de puissants prestataires qu’à redéfinir les règles du jeu d’un secteur d’activité comme celui du transport. Luca de Meo a réussi à convaincre Atos, STMicroelectronics, Thalès et Dassault Systèmes à rallier la Software République, une structure égalitaire et horizontale afin de préparer la mobilité du futur.

Le quart de l’activité traditionnelle de Renault va disparaître d’ici 2035

Vendredi 9 avril, Luca de Meo a réuni les dirigeants des quatre groupes technologiques à l’occasion d’une conférence de presse pour expliquer ce que cette « Software République » doit produire et comment. Réunir les 5 dirigeants de grandes entreprises à l’heure de la crise sanitaire était un défi. Ils étaient assis en cercle, sans masques mais séparés par des vitres.  Luca de Meo souligne que la nouvelle mobilité passe par la vente de services aux villes, clés en main à l’heure où l’on passe de la vente de produits à la vente de services et que l’on parle de valeur d’usage. « Selon une étude du Boston Consulting Group, d’ici 2035, la partie traditionnelle de notre métier va être réduite de 25% alors que la nouvelle partie de la chaîne de la valeur, va être multipliée par 9. On parle de 11 000 milliards de dollars de business. Donc c’est un enjeu majeur » débute-t-il.

La Software République doit pouvoir dire à un maire qu’elle va baisser les émissions de CO2 de 20% et augmenter la fluidité du trafic de la ville de 15%

Les services de mobilité sont présentés comme l’objectif de la Software République par le dirigeant de Renault. « Quand j’essaie d’expliquer ce qu’est le rêve de la software république, c’est que nous allions en équipe chez le maire d’une ville, en Europe ou partout dans le monde, et que nous soyons capables de lui dire, qu’en 6 mois, on réalise la cartographie de tout, que l’on intègre des véhicules qui sont parfaitement adaptés, et qu’il ne doit rien payer parce que l’on va tout financer. Et nous pouvons lui dire que nous sommes capables de baisser les émissions de CO2 de 20% et d’augmenter la fluidité du trafic de la ville de 15% » décrit-il. La Software République a déjà des villes en vue afin d’expérimenter ses solutions, telles que Toulouse, Madrid, Milan ou l’île de France.

Luca de Meo reconnaît que chaque ville est différente d’une autre et qu’il faudra trouver l’équilibre entre la personnalisation et l’usage de briques communes. « Nous devons trouver l’équilibre entre des solutions qui sont capables de s’adapter à la spécificité locale, et en même temps des briques pour trouver de l’échelle. C’est cela un peu le challenge. Mais l’idée c’est de devenir les meilleurs au monde pour offrir des solutions à des maires des différentes villes, aux administrateurs. Ils ont tous le même but, améliorer la qualité de vie des citoyens et baisser les émissions de gaz à effet de serre » dit-il.

Elie Girard, DG d’Atos, Bernard Charlès, DG de Dassault Systèmes, Luca de Meo, CEO du groupe Renault, Jean-Marc Chéry, DG de STMicroelectronics et Patrice Caine, PDG de Thalès, le 9 avril

Renault doit devenir une boîte tech qui intègre des véhicules

La démarche du dirigeant de Renault avec « Software République » s’appuie en outre sur la valorisation boursière des constructeurs automobiles, à l’heure où son concurrent américain Tesla bat des records. « Dans la valorisation de nos entreprises c’est le contenu tech qui est retenu aussi par les marchés » reconnaît-il. « Je rêve de pivoter Renault dans un monde où Renault devienne une boîte tech qui intègre des véhicules, et pas une boîte d’automobile qui intègre de la technologie » annonce-t-il. Dans cette évolution vers les services de mobilité, les gammes de véhicules de Renault vont devoir s’adapter. « La voiture EZ-1 que l’on a présentée en janvier, est un des 4 produits que l’on va développer et qui sont dessinés pour répondre aux besoins dans les différents segments de la nouvelle mobilité » déclare Luca de Meo. Il s’agit de transporter soit 1 personne, soit 6 personnes, des transports du dernier kilomètre ou d’une voiture qui vole, liste le dirigeant.

La segmentation classique des véhicules va changer afin de répondre aux différents usages

« Nous allons essayer d’amener cela. Ce véhicule EZ-1 qui devrait sortir en 2023, on sait qu’il réduit le coût par km de 60%. Il a un impact en termes d’empreinte de la moitié d’une voiture normale. C’est avec cela que l’on peut faire les choses. Cela sera connecté dans le Cloud, cyber sécurisé, intégré, sur une plateforme, etc. » présente-t-il.  « Nous allons essayer de développer des véhicules qui sont parfaitement adaptés aux différents usages parce que la segmentation va changer. Ce n’est pas la segmentation classique, avec laquelle on fait des SUV, des monospaces, des breaks ou des véhicules utilitaires » prévient-il.

En pratique, qu’est ce que chacun des 5 acteurs va apporter concrètement dans cette Software République ?  Cette question aura été traitée sur la pointe des pieds par chacun des acteurs technologiques présents à la conférence. Personne ne parle d’argent. Thalès indique qu’il mettra des ingénieurs à disposition. Luca de Meo pour sa part veut surtout réunir les ingénieurs des différentes entreprises afin qu’ils travaillent ensemble, reportant à plus tard les questions économiques. « Je pense que l’on va commencer par mettre les gens ensemble » dit-il, relevant qu’il faut pour le moment tenir compte des limitations sanitaires. « Les gens ont déjà commencé à travailler. Cette conférence n’est que la conclusion d’une première phase de rapprochement entre les équipes qui ont commencé à sélectionner les projets qui étaient d’intérêt pour tout le monde. La mayonnaise va monter rapidement » pense-t-il.

Le véhicule électrique EZ-1 à deux places est destiné à l’autopartage

La partie économique de Software République n’est pas encore définie

Côté modèle économique de la Software République, rien n’a été défini. « Sur la partie économique, on n’a pas encore trop réfléchi en fait, cela dépendra des projets. Parce qu’il y a un moment où on sera appelé à faire des investissements, à faire des calculs de coûts, d’opportunités de business. On sait faire le calcul, on sait même faire les calculs quand on sait que l’on ne va pas y gagner tout de suite, mais qu’il faudra un peu de temps. On va le voir ensemble » tempère le dirigeant de Renault. Le mode de direction de la Software République est également à définir. « Il faudra trouver un modèle de gouvernance, je pense assez simple, agile. Ce n’est pas un système où quelqu’un est dominant sur les autres. On va trouver une façon de travailler ensemble, et de se concentrer projet par projet » veut croire le dirigeant.

La Software République est un espace de laboratoire géant, en plein air sur le plateau de Saclay, avec à côté des labos

Le bâtiment de la software république sera inauguré en septembre sur le plateau de Saclay. Les premières équipes y seront accueillies pour co-développer les premiers produits et services. « Le QG est dans le plateau de Saclay, où beaucoup d’entre nous sont présents. Il faut imaginer la Software République comme un espace de laboratoire géant, en plein air, avec à côté des labos, des outils de simulation. Nous avons libéré une partie de notre centre d’ingénierie, pour accueillir potentiellement des centaines, sinon des milliers de personnes, parce que si un truc ne marche pas, il est ramené dans le garage en 5 minutes, on aura la possibilité d’avoir un laboratoire géant qui est le plateau » justifie Luca de Meo.

Le dirigeant se montre optimiste. « Je pense que c’est une initiative qui va quand même très rapidement arriver. Nous allons compter les gens plus en milliers qu’en dizaines, c’est clair. Pour notre part, nous allons placer dans cette structure ce que nous appelons la Software Factory, qui est entre ici et Toulouse. Nous allons la mettre au service de ce projet. Je suis sûr que tous mes collègues [NDLR : les dirigeants des 4 sociétés de technologie] vont aussi adhérer et essayer de fédérer les gens. Sur la partie économique, on n’a pas encore discuté de cela. Et je pense que cela va arriver pas à pas. Mais tout le monde est en train d’investir sur ce type de technologies, nous on le fait certainement,  donc  c’est une question de canaliser les ressources pour une idée. Si on y croit on va investir, on sait faire les calculs » insiste-t-il.

La Software République veut créer un système de charge électrique qui simplifie la facturation

Comme première réalisation concrète de la Software République, on citera le système Plug&Charge. Ce système est destiné à simplifier la charge électrique des véhicules. Il permet à une voiture électrique branchée sur une borne compatible d’être automatiquement reconnue, d’être chargée et que la facturation soit effectuée sans la moindre manipulation de l’utilisateur. Le service doit devenir accessible sur une grande variété de marques. Le service doit même équiper en après vente plusieurs centaines de milliers de véhicules électriques déjà roulants en Europe. « Plug&charge permettra à n’importe quel client de brancher une voiture, charger, et de partir et tout est payé. Quand nous serons dans les conditions de pouvoir offrir cela, nous n’aurons  pas de problème pour trouver quelqu’un qui nous permette de le faire dans les villes. Le problème c’est surtout de le faire marcher. Pour l’instant un service de ce type que je sache n’existe pas. Donc on va voir si on peut faire la différence » déclare le DG de Renault.

Un particulier doit pouvoir sélectionner ses moyens de déplacement en fonction du temps, du confort ou de la gestion de l’énergie

Un autre domaine de coopération identifié est celui des systèmes de simulation et de gestion des données pour optimiser les flux pour les territoires et les entreprises. Cela doit permettre à un particulier de sélectionner le meilleur schéma de mobilité en fonction du temps, du confort ou de la gestion de l’énergie ; aux opérateurs d’enrichir leurs services ; aux autorités publiques de simuler et mettre en œuvre des scénarios de mobilité, par exemple la gestion des urgences, des événements etc. et aux urbanistes de mieux anticiper l’aménagement du territoire.

Par ailleurs, la Software République est ouverte à d’autres partenaires. « Nous cherchons des acteurs européens en priorité, des opérateurs télécoms ou des entreprises qui font des infrastructures de communication, les assurances, le monde de l’énergie. C’est là où il nous manque des candidats. Je fais un appel à participer à cette initiative » lance Luca de Meo. Comme autres actes concrets, Software République devrait créer un fonds d’investissement pour financer des startups prometteuses et un incubateur de startups dans les technologies pour la mobilité intelligente. Afin de lancer l’écosystème, la Software République prévoit d’organiser un « data challenge » sur le thème de la mobilité de demain, électrique, connectée et autonome. Au final, à ce stade, l’initiative Software République apparaît surtout comme une vision inspirationnelle créée par le directeur général de Renault, Luca de Meo. Cette vision est destinée à motiver les ingénieurs à travailler ensemble et à faire venir des acteurs de toutes tailles afin que Renault réussisse sa transformation.

Photos, de gauche à droite : Elie Girard, Directeur Général d’Atos, Bernard Charlès, Vice-Président du Conseil d’administration et Directeur Général de Dassault Systèmes, Luca de Meo, CEO du Groupe Renault, Jean-Marc Chéry, Président du Directoire et Directeur Général de STMicroelectronics et Patrice Caine, Président-Directeur Général de Thales, réunis le 9 avril

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