Orange inquiet des questions sociétales autour de la 5G

Stéphane Richard, PDG d'Orange

A l’heure où les écologistes mettent en doute l’intérêt voire l’innocuité de la 5G, Stéphane Richard, PDG d’Orange, considère qu’il faut prendre un « petit peu de temps » pour répondre à ces questions.

Des questions sociétales autour de la 5G

Bien que l’économie ait subi un sacré recul à cause du Covid, c’est le contexte sociétal qui interpelle en effet le dirigeant. « Ce n’est pas tellement le contexte économique qui m’inquiète. C’est plutôt le contexte sociétal et social, autour des questions qui se posent sur la 5G » déclare-t-il.

« Je souhaite que la 5G soit lancée dans un contexte apaisé »

« Je souhaite que la 5G soit lancée dans un contexte apaisé, et s’il faut prendre un petit peu de temps pour avoir ce débat avec un peu toutes les parties prenantes, je pense qu’il faut le faire » propose-t-il. Pour autant, il vise toujours un lancement et un début de déploiement de la 5G avant la fin de cette année 2020.  Il a pris la parole sur le plateau de BFM, le 30 juillet.

Pour l’heure, le PDG préfère mettre en avant l’intérêt de la 5G pour l’industrie plutôt que les nouveaux services pour le grand public. « La 5G est un levier de compétitivité absolument essentiel pour notre industrie, pour les objets connectés, pour nos entreprises » affirme Stéphane Richard. Le PDG souligne que la 5G a été lancée dans la plupart des pays qui entourent la France, en Europe, en Asie, aux Etats-Unis. « La vraie question est la France veut-elle partir en retard dans cette compétition mondiale ? La 5G a d’abord été conçue pour l’entreprise et l’industrie » insiste-t-il.

Les services grand public arriveront peu à peu

Quant aux services pour le grand public, ils arriveront au fil du temps. « La qualité de l’expérience va être améliorée. La 5G va permettre de nouveaux usages dans le domaine des jeux, des médias, dans la consommation du sport, les objets connectés et la voiture connectée » liste-t-il. On parle en particulier du re-visionnage des buts alors qu’un match de football est en cours.  

« Les opérateurs n’ont jamais complètement saisi la réalité technique des arguments de sécurité »

En dehors des critiques sur les risques liés à la 5G, les opérateurs sont par ailleurs pris dans un débat autour de l’équipementier télécoms chinois Huawei, mis au ban des fournisseurs. Stéphane Richard répond qu’il comprend les enjeux géopolitiques plus qu’il ne voit des risques pour la sécurité. « Il y a des arguments de sécurité dont les opérateurs honnêtement n’ont jamais complètement saisi la réalité technique, je dirais » débute le PDG.  Il semblerait donc exclu que Huawei décide de mettre ses équipements en service réduit au gré des humeurs de la politique chinoise, un peu comme la Chine a fourni la France au compte goutte en matière de masques de protection contre le Covid-19.

« Qu’il y ait des arguments politiques, géopolitiques, cela on peut l’entendre et bien entendu il faut qu’on les respecte » reconnaît Stéphane Richard, lui qui demandait pourtant en avril 2019 que le débat ne soit pas géopolitique. « La montée des tensions entre les Etats-Unis et la Chine, la véritable guerre technologique froide, qui est en train de se mettre en place, a des conséquences qui ne sont pas forcément très bonnes pour notre industrie. Mais on s’adaptera » affirme-t-il.

Une question qui ne concerne pas Orange

Orange considère qu’il n’est pas concerné par la place des équipements de Huawei dans son réseau car il n’en utilise pas. « Cela ne nous concerne pas car nous faisons nos réseaux mobiles avec Nokia et Ericsson. Nous avons la chance d’avoir deux grandes entreprises européennes, Nokia et Ericsson, qui sont tout à fait au niveau sur le plan technologique. On a heureusement des alternatives et on a le choix de nos partenaires. On n’est pas sans solution » veut-il rassurer.

« Le marché est très concurrentiel, il y a une grande agressivité sur les offres, les promotions et les prix« 

Dans la foulée, il écarte toute augmentation de prix pour le consommateur final si un opérateur devait changer ses équipements d’origine Huawei pour se mettre en conformité avec les recommandations de l’Etat. « Le consommateur est loin de tout cela, et c’est plutôt une discussion entre les opérateurs concernés et l’Etat qui va se mettre en place.  Le marché est très concurrentiel, il y a une grande agressivité sur les offres, les promotions et les prix » rappelle-t-il.

Quant à la situation de la concurrence entre opérateurs en France, le PDG d’Orange s’est fait une raison sur un marché à 4 opérateurs. « Il y a 4 opérateurs en France, la plupart des pays sont plutôt à 3. Nous sommes à 4 ; c’est peut être trop. Je crois que le marché s’est habitué, les opérateurs ont ajusté leur stratégie. Je ne pense pas qu’il y ait de perspective de voir cette situation changer à court terme » pense-t-il.

Effondrement des revenus liés au roaming

La veille de l’intervention de Stéphane Richard, Orange a publié ses comptes en recul en ce qui concerne l’EBITDA (Earnings Before Interest, Taxes, Depreciation, and Amortization), c’est-à-dire les revenus avant toutes les charges à régler. Ce recul s’explique en priorité par la fermeture des points de vente, l’effondrement du roaming et la baisse d’activité des entreprises.

« Un des revenus importants est le roaming, ce que nous facturons aux touristes qui viennent en France et aux Français qui vont à l’étranger »

« Les boutiques ont été fermées durant 2 mois, donc zéro vente ; un des revenus importants des opérateurs est le roaming, ce que nous facturons aux touristes qui viennent en France et aux Français qui vont à l’étranger, il est quasiment à zéro car il n’y a plus de voyages, et nous sommes aussi dépendants de la situation économique des entreprises » pointe-t-il.

« Ces 3 effets représentent -160 millions d’euros directement liés à cette crise du Covid sur notre EBITDA. Cela se traduit par une baisse de l’EBITDA de 50 millions. Comme vous le voyez, nous avons été capables de compenser les deux tiers de cette baisse » se félicite-t-il. Le trafic sur les réseaux est revenu depuis à un niveau habituel. « Nous sommes revenus à une situation normale en termes de trafic qui est une situation d’accroissement continu, qui est de 40% par an sur les réseaux mobiles » conclut Stéphane Richard.

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