Isabelle Ryl : “l’Intelligence Artificielle ne résoudra aucun problème de la société à la place des humains”

Isabelle Ryl, directrice du centre de Recherche de l'Inria à Paris

Reconnaissance vocale, recommandation personnalisée, …, l’Intelligence Artificielle développe des capacités toujours plus grandes chaque jour. Quelles sont les limites de sa puissance, au vu de ses conditions d’utilisation actuelles ?

Une idée ancienne, un champ des possibles grandissant

L’intelligence artificielle n’est pas un sujet nouveau. Cette discipline est née il y a 60 ans, en 1956, quand vingt chercheurs se sont réunis sur le campus de l’université américaine de Dartmouth. Elle a suscité beaucoup d’engouement dans les années 1980, mais les résultats n’ont pas été à la hauteur des attentes.

Les politiques, les journalistes et le grand public s’en sont alors désintéressés, “mais la discipline n’a pas disparu, elle a continué de progresser,” pointe Isabelle Ryl, directrice du centre de Recherche de l’Inria à Paris. Elle est spécialiste en mathématiques et docteur en informatique.

L’intelligence artificielle est liée à de nombreuses disciplines : la robotique, l’informatique, les mathématiques, le traitement de la parole et de l’image, … “Depuis les années 1980, l’augmentation énorme de la puissance de calcul informatique et de la quantité de données disponibles ainsi que les progrès de la recherche en apprentissage statistique ont permis des avancées gigantesques,” souligne la responsable.

La reconnaissance visuelle a fait de gros progrès. Auparavant, on peinait à détecter un animal isolé dans une image, “aujourd’hui l’intelligence artificielle est capable d’identifier un troupeau de moutons dans une vidéo et de les dénombrer,” se félicite Isabelle Ryl. Pensons aussi à la traduction automatique. Il y a 10 ans, les résultats faisaient sourire, désormais elle donne des résultats pertinents dans un grand nombre de situations courantes.

L’intelligence ne résout pas tout

Cela dit, “l’intelligence artificielle qu’on maîtrise aujourd’hui, c’est quelque chose qui fait le travail qu’on lui a demandé,” poursuit Isabelle Ryl. La progression des capacités de l’I.A. n’engendre donc pas une impartialité ni une supériorité de son raisonnement sur celui de l’humain, puisque l’I.A. ne fait que s’inspirer de ce dernier.

Vous avez sans doute entendu parler de Tay, le chatbot de Microsoft devenu raciste et misogyne en moins de 24 heures. Comment expliquer qu’il en soit arrivé là ? “Les tchatbots observent et reproduisent ce qu’ils voient, c’est ainsi qu’ils apprennent,” explique Isabelle Ryl.

Plus précisément, les algorithmes « apprennent » à partir d’énormes bases de données créées par des humains, dont ils s’inspirent pour émettre des conclusions. Or, ces lots de données sont toujours imparfaits.

Tout dépend des données de départ

Si vous prenez le meilleur algorithme du monde et que vous lui demandez d’apprendre à conduire en observant les conducteurs parisiens, “il ne va pas apprendre le code de la route, il va faire comme les autres : il ne mettra pas toujours son clignotant avant de tourner et il fera des queues de poisson,” constate Isabelle Ryl.

C’est la raison pour laquelle le Machine Learning, et les algorithmes en général, reproduisent les biais de la société. Ils ne résoudront aucun des problèmes de la société, qui restent aux mains des humains !

LE DIGITAL REMPLACE L’HUMAIN : Réalité, illusion ou opportunité

La parole est aux professionnels : table ronde le 14 novembre à 19 heures

Le 14 novembre, Keley Consulting et le Club Digital emlyon forever de l’Ecole de Management de Lyon proposent une table ronde sur l’impact du digital et de l’intelligence artificielle sur le commerce. 

Venez échanger avec des intervenants de premier plan :

  • Isabelle Ryl (Directrice du centre de Recherche Inria de Paris)
  • Florence Estra (Directrice du Marketing Digital Air France)
  • Nathanael Ackerman (Directeur France IA)
  • Eric Haddad (Managing Director Google Cloud, Europe)
  • Benoit Bouffart (Directeur Produits chez Voyages-sncf.com)

Posez vos questions aux intervenants sur twitter @EMDigiclub et inscrivez-vous sur Eventbrite.

EmLyon vous invite ensuite à partager autour d’un cocktail convivial pour poursuivre les échanges.

Le digital se diversifie avec les chatbots, le big data et le cloud, l’Intelligence Artificielle avec le deep learning et le machine learning, la diffusion du marketing automation et l’arrivée des premiers robots dans les services.

Selon le cabinet d’analyses McKinsey, les investissements consacrés dans l’IA atteignent en 2016 entre 20 et 30 milliards de dollars pour un total de 42 acquisitions. La dynamique est comparable à celle des phases d’émergence du e-commerce, du mobile, et plus récemment du big data.

Où est la réalité et où est la fiction ? Comment tirer profit de ces nouvelles technologies sans effrayer ses consommateurs, ses employés et la société ? Comment les appréhender sans tomber dans le gadget ou le surinvestissement ? Enfin, cette vague d’innovations fait-elle vraiment planer un risque de dislocation économique et sociale de nos sociétés ou bien fera-t-elle de nous des « humains augmentés ?

 

Table ronde : le 14 novembre à partir de 19 heures et jusqu’à 22 h 30.

Lieu de rendez-vous : Google, 8 rue de Londres, 75009 Paris
Métro : Gare St Lazare

Gaëlle Brunetaud Zaid

Gaëlle Brunetaud-Zaïd est directrice du lab de recherche latitude77, coach, consultante en communication interpersonnelle, en intelligence collective et en innovation. Elle investigue et écrit sur le leadership, l’innovation, les nouveaux business models et accompagne en particulier les personnes atypiques, à multi-potentiels. Elle a travaillé 15 ans chez Engie et dans les nouvelles technologies.

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