Des lignes de drones régulières au-dessus de Paris : les hôpitaux souhaitent un test avant la fin de l’année

Olivier Savin, CTO (Chief Technology Officer) de l’AP-HP

La livraison du dernier kilomètre est souvent l’enjeu de la grande distribution. Mais plutôt que d’inquiéter la population avec des livraisons de pizzas au-dessus de leurs têtes, répondre à une urgence de santé serait mieux accepté socialement, estiment les responsables publics.

Des lignes régulières de drones au-dessus de Paris

Cela ouvre la voie à des lignes de drones régulières au-dessus de Paris afin de sauver des vies. C’est ce que pensent Bernard Giry, conseiller numérique du conseil régional d’île de France auprès de Valérie Pécresse et Olivier Savin, CTO (Chief Technology Officer) de l’AP-HP (Assistance Publique hôpitaux de Paris). Ils ont pris la parole à l’occasion de l’événement Vivatech 2019 qui se tient à Paris les 16, 17 et 18 mai.

Les drones intéressent la région également dans la perspective des Jeux Olympiques de 2024 à Paris avec tous les risques d’embouteillages qu’une telle manifestation fait courir. « Le temps des Jeux Olympiques peut être un moment de démonstration des drones comme des véhicules autonomes » relève Bernard Giry qui rappelle que la région dépense 24 milliards d’euros dans les transports en commun.

Il est cependant indispensable de réduire les risques pour la population et de trouver des adaptations de la réglementation. Il n’est pas question de survoler le périphérique ou une autoroute par exemple.« Nous avons eu des expérimentations autour de la base aérienne de Brétigny sur Orge [NDLR : à 20 km de Paris]. Il faut travailler sur des enjeux tels qu’un drone qui se perd au-dessus de la ville » demande-t-il.

L’acceptation sociale des drones en question

De plus, côté acceptation sociale, le drone ne doit pas apparaître comme une menace. « Je viens de voir un reportage qui montrait un drone qui sert à faire de la sécurité routière et qui peut mettre deux fois plus d’amendes à l’heure qu’un policier sur le terrain, je ne sais pas si cela va permettre de développer le drone en termes d’acceptation sociale. En tout cas, sur le sujet de la santé, au même titre que les hélicoptères ont des dérogations pour survoler la ville, on peut penser que les drones de santé aussi pourraient avoir des conditions particulières » pointe-t-il.

Des parcours de vol ont été évalués par l’AP-HP au-dessus de la Seine, de stades, de squares, de terrains de sport, des lignes ferroviaires, etc., des zones où la densité de population est réduite. Tout cela afin de relier les hôpitaux parisiens entre eux, notamment pour transporter des prélèvements de tissus humains pour des analyses biologiques ou des médicaments. Une chance est que la plupart des hôpitaux sont proches de la seine en région parisienne. Le risque zéro n’existe pas cependant. Les coursiers terrestres actuels étant d’ailleurs eux-mêmes soumis à des accidents.

L’AP-HP souhaite des lignes régulières assurées par des drones capables de se déplacer de manière autonome. Ce type d’équipements existe déjà. Des tests ont été réalisés avec les drones fournis par Azur Drones et en association avec l’entreprise de services numériques Atos. La faisabilité technique est désormais actée pour ce type de transport, estime Olivier Savin. Il anticipe cette technologie comme un moyen incontournable pour améliorer le transport de marchandises entre les structures de l’AP-HP, en tenant compte toutefois des conditions météo, de ce qu’il s’agit de transporter et de l’état d’engorgement du trafic. « Il s’agit de sélectionner le moyen de transport le plus adapté au besoin » souligne Olivier Savin.

1 an et demi d’études pour se forger une conviction

L’AP-HP travaille depuis 1 an et demi sur le type de solution à base de drones à mettre en place dans le milieu hospitalier. « Nous avons constaté que 80% de nos courses entre hôpitaux en île de France, – par coursier, en voiture, en deux roues, concernaient des flux de transfert d’échantillons biologiques, des prélèvements qui sont faits dans un hôpital et qui sont analysés dans un autre hôpital. Idem pour le transport de certains médicaments » décrit le responsable. « La question est peut-on faire mieux et plus rapidement, et la réponse est oui » tranche-t-il.

Il souhaite le passage à l’expérimentation réelle de drones au-dessus de Paris de manière 100% autonome avant la fin de cette année. Il s’agit d’évaluer les coûts réels de telles lignes de vol. A l’heure actuelle, les hôpitaux de Paris passent par des coursiers, et l’adoption des drones, pour une douzaine de rotations régulières, ferait baisser les coûts de 170 000 € à 50 000 €, hors frais de main d’œuvre. Ces coûts associés sont à évaluer. « C’est pour cela que l’expérimentation est nécessaire » explique Olivier Savin.

Un vol de 30 minutes représente de 6 à 7 km, en intégrant les contournements nécessaires afin d’assurer la sécurité des personnes. Ce qui correspond aux besoins de l’AP-HP, encore faut-il arriver à le démontrer par un test. Le trajet qui pourrait être testé serait celui entre les hôpitaux de Bichat et de Beaujon car il présente un parcours avec des terrains de sport notamment, donc plus sécurisé. « Nous y arriverons, j’en suis sûr, c’est simplement une question de temps » conclut le responsable.

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