Les Fintech françaises encore loin de faire sauter la banque | La Revue du Digital

Les Fintech françaises encore loin de faire sauter la banque

Finteh - Octo - 25 mars - BF

Les startups de la Fintech concurrencent les banques avec de nouveaux services bancaires qui placent le client au centre de toutes les attentions. Les startups anglo-saxonnes tiennent le haut du pavé. Les jeunes pousses françaises sont très en retrait sur un marché où les investissements ont été multipliés par cinq entre 2013 et 2014. 

Les startups dans les services bancaires ont un boulevard devant elles pour réussir leur conquête de nouveaux clients quand on voit à quel point les banques sont mauvaises en matière de relation avec le consommateur. Pour autant, la route va être longue pour les Fintech françaises, ces sociétés qui marient finances et nouvelles technologies, pour délivrer des services bancaires au grand public ou aux entreprises.

Considérées de haut

En revanche, les Fintech aux Etats Unis et en Angleterre, sont déjà nettement plus avancées. Les banques traditionnelles ne peuvent plus les considérer de haut. C’est la conclusion de l’événement FinTech Day organisé par Octo Technology, une société de conseil en informatique, le 25 mars à Paris.

Les Fintech commencent à bouger en France” est la phrase qui aura servi d’introduction à Sylvain Fagnent, consultant de la practice digitale chez Octo Technology. Mais les chiffres qu’il présente sont sans appel. Les grosses valorisations boursières sont pour les Fintech américaines et c’est la Grande Bretagne qui en Europe capte la majorité des investissements dans le secteur des innovateurs en matière de nouveaux services financiers.

Quatre fois plus de startups dans la banque

Ainsi, les startups de la Fintech se multiplient. Il y avait 1042 startups de la Fintech en 2014, contre seulement 248 en 2013. C’est donc une multiplication par quatre du nombre d’acteurs selon les chiffres de Venture Scanner. Quant aux investissements, ils sont passés de 3 milliards de dollars en 2013 à 15 milliards en 2014. Dans cette effervescence, la Grande Bretagne représente la moitié des investissements Fintech en Europe et 60% du nombre de startups des Fintech en Europe.

De plus, parmi les plus grosses valorisations, ce sont les sociétés anglo-saxonnes qui tiennent le haut du pavé. Square pèse 6 milliards de dollars pour du paiement sur mobile, Stripe est à 3,6 milliards de dollars pour du paiement en ligne, Powa à 2,7 milliards, Adyen à 1,5 milliards, et Credit Karma à 1 milliard. Ensemble, ces sociétés ont levé 1,3 milliards de dollars d’investissement.

Tous les segments concernés

Si la main est actuellement du côté des anglo-saxons en ce qui concerne les startups, les banquiers français semblent également peu curieux du sujet, relève Sylvain Fagnent. “Ils n’étaient que quatre banquiers français sur 120 participants lors du dernier finovate, le salon de l’innovation dans le domaine des services bancaires qui s’est tenu récemment” regrette-t-il.

Si l’on regarde les segments des services en bancaire en changement, dans le prêt aux particuliers on trouve OnDeck, Lending Club ou Kabbage, dans la gestion personnelle de ses finances, il y a Credit Karma, dans les paiements Square et Stripe, pour la banque de détail, il y a Simple, fidor bank, Holvi  ou Alibaba.com. Que peut faire une startup française qui face à ces mastodontes réussit à lever à peine 1 million d’euros de financement ?

Banques pécheresses

Quoiqu’il en soit, l’événement organisé par Octo Technology a été l’occasion de rappeler la longue liste des péchés des banques, égrenée par Sylvain Fagnent, soulignant qu’il faut bien aborder les sujets qui fâchent. Une approche courageuse face à un public où on trouvait la Société Générale, le Crédit Agricole, HSBC, BNP Paribas, Natixis et beaucoup de banques privées.

Les banques sont centrées sur les produits, ajoutent des frais de manière opaque, ont des produits et des processus complexes, … Côté systèmes d’information, elles sont sur des technologies du 20ème siècle, difficiles à faire évoluer, et leur approche consiste à rationnaliser, c’est à dire de faire la même chose pour moins cher.

15 personnes pour bouger un stylo

L’innovation a disparu des DSI des banques” résume Sylvain Fagnent. Il s’est également fait l’écho du point de vue d’une Fintech sur le mode de fonctionnement des banques par rapport à celui des startups : “dans une banque il faut quinze personnes pour décider de bouger un stylo.” Un autre participant en apparté dira :”une innovation ne peut entrer dans une banque que si quelqu’un considère que cela va être bon pour son avancement.

Face aux banques,  les Fintech se parent de nombreuses vertus. Elles mettent le client en premier – elles sont d’ailleurs souvent créées par d’anciens banquiers déçus par l’attitude de leur employeur qui pensait marges et produits sans jamais parler bénéfice pour le client- et elles proposent des services simples à utiliser, de la transparence sans frais cachés, elles sont menées par la donnée, et emploient des technologies actuelles.

Aucun usage des données

L’aspect données est très important, car les banques traditionnelles ont énormément de données, les rangent dans des silos, et n’en font rien alors que les Fintech croisent ces données.

A la décharge des banques traditionnelles, les Fintech ciblent en général un seul point de friction, “a pain point” dans la chaîne de valeur et s’emploient à y répondre, alors que les banques traditionnelles sont généralistes.

La réglementation protectrice

Dernière critique faite aux banques,  elles se croient protégées par leur respect d’une réglementation contraignante face aux attaques des startups de la Fintech et elles pensent bénéficier de l’intelligence de leurs gros systèmes d’information qui ont coûté très cher à développer. Une attitude qui ne devrait pas les protéger longtemps, estime Sylvain Fagnent.

Il en veut pour preuve la Grande Bretagne, où la réglementation joue désormais contre les banques à la suite de la crise des subprimes, avec notamment la possibilité de transférer l’ensemble de ses comptes d’une banque à une autre, de manière standard. Une procédure qui ressemble au changement d’opérateur mobile en France grâce à la portabilité du numéro.

Format d’échange commun

Les grandes banques se sont mises d’accord sur un format d’échange, plutôt que de se le voir imposé par les autorités réglementaires” note-t-il. Une évolution britannique qu’il anticipe de voir arriver au niveau européen d’ici cinq à dix ans.

Désormais de nouveaux géants apparaissent sur tous les segments de la banque de détail, souvent dans la partie front-office. Ils sont pour la plupart américains. On trouve Stripe dans le paiement en ligne, qui vient concurrencer Paypal, et qui se met en place en à peine deux heures de temps sur un site souligne Sylvain Fagnent.

Il y a Powa pour le paiement via mobile, Wealthfront et Bettermont qui proposent des robots d’investissement à destination du grand public, le premier a 2 milliards de dollars sous gestion, et le second 1 milliard de dollars. D’autres prennent en charge toute la pile des services bancaires comme Simple, Fidor, Holvi ou le chinois Alibaba.

Le front office rentable

Ils se positionnent sur le front office, qui est le plus rentable, et pas sur la partie réglementaire” pointe Sylvain Fagnent. Il se montre également impressionné par Standard Treasury qui est en train de développer un système bancaire central, un core banking service moderne, accessible via des APIS, avec des langages de programmation modernes, qui sera utilisable par les Fintech, et d’autres. Les Fintech font bouger la banque qui doit changer sa manière de penser, conclut-il.

Photo : Sylvain Fagnent, consultant de la practice digitale chez Octo Technology, le 25 mars. 

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Une réaction sur “Les Fintech françaises encore loin de faire sauter la banque” :

  1. Olivier Burnouf

    Ce qui me frappe dans le mouvement des Fintech, c’est l’approche fondamentalement différente entre les USA, le UK et la France, due à des facteurs culturels.
    Aux Etats-Unis, les Fintech n’hésitent pas à attaquer les grandes institutions financières (cf. le fameux slide montrant Wells Fargo et Citi en état de siège), quoique par sur leur cœur de métier.
    Ici, au UK, les Fintech ont tendance à se positionner sur des marchés délaissés par les banques (par exemple Nutmeg en gestion de patrimoine).
    En France, les Fintech se présentent comme des partenaires des acteurs en place (cf. Fluo ou BPSIS en assurance).
    Le risque est que les établissements financiers français se bercent d’un faux sentiment de sécurité. La menace risque de venir des USA (via la City et la FCA qui voit d’un bon œil de nouveaux concurrents), d’autant que les entreprises françaises ont une longue tradition de déni du risque posé par les entreprises US (rappelons-nous que dans les années 90 les banquiers d’affaires français ricanaient a l’idée que Goldman Sachs ou Morgan Staley puissent truster les classements de M&A. Dans les années 2000 c’est Amazon qui n’effrayait pas alapage).

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