IDC : “la direction des infrastructures informatiques risque d’être marginalisée” | La Revue du Digital

IDC : “la direction des infrastructures informatiques risque d’être marginalisée”

Le cabinet d’analystes IDC préconise aux directions des infrastructures informatiques dans les entreprises de s’adapter sous peine d’être reléguées à l’entretien de l’existant. Cela passe par l’adoption des solutions Cloud, mobile et Big Data, ainsi que par le dialogue avec les métiers lorsqu’ils achètent leurs propres  solutions. 

Les entreprises sont à la recherche de compétitivité et d’innovation. La direction de l’infrastructure informatique doit prendre sa part dans cette évolution. « Le risque est que si cette direction ne s’adapte pas à ces évolutions elle risque de se voir reléguée au seul maintien des infrastructures en état » prévient Sébastien Lamour, senior Research and Consulting Manager à IDC. Il a pris la parole le 19 novembre à Paris, à l’occasion de l’EMC Forum.

Solidarité avec les métiers

« La direction des infrastructures doit prendre part à l’innovation dans l’entreprise et être solidaire des métiers dans sa manière de fonctionner et de développer de nouveaux services » conseille-t-il.  Il faut créer une architecture qui soit « plug and play » dit-il, pour que les métiers puissent intégrer les nouveaux services et solutions au sein de cette architecture. « Il faut préparer l’architecture afin que les utilisateurs n’aillent pas chercher les solutions en externe mais restent au niveau de l’architecture de l’entreprise ».

Dans cette évolution, « trois sujets essentiels doivent être pris en compte par la direction informatique : le Big Data et son corollaire l’analytique ; la sécurité, toujours incontournable ; et le modèle à mettre en place par la direction informatique, qui doit se transformer pour devenir un broker [NDLR : assembleur] de services vis-à-vis de l’ensemble de l’entreprise » poursuit-il.

Modèle omnicanal 

« Le modèle omni-channel s’est développé et pas seulement dans le retail et la distribution, » explique Sébastien Lamour. Ce modèle permet à tout utilisateur ou client d’accéder depuis n’importe et de n’importe quel terminal à tous les services et produits de l’entreprise et de le commander.

D’un point de vue technologique, l’impact est tout aussi disruptif : « on passe d’une approche passive d’interrogation des données via des requêtes SQL vers une logique active avec l’analyse prédictive. »

Gérer les interfaces

« Ce contexte d’augmentation des volumes de donnée et d’entreprise étendue nécessite une ouverture plus grande vers les interfaces, les systèmes d’exploitation du marché, » recommande Sébastien Lamour. L’entreprise doit être capable de gérer un nombre croissant d’interfaces avec les parties prenantes extérieures.

Enfin, le modèle de sourcing évolue également passant de fournisseurs tout court à des fournisseurs de services avec les opérateurs de Cloud computing. Ces facteurs modifient le rôle de l’informatique.

Réduction des coûts de fonctionnement

L’analyste d’IDC préconise l’adoption des architectures de Cloud Computing. « Nous avons constaté que les early adopters [NDLR : les précurseurs] ont des budgets de fonctionnement informatique qui sont moindres que ceux des autres » déclare Sébastien Lamour. Son analyse : « ils ont réussi à réduire les budgets de fonctionnement pour investir dans la conformité, l’innovation et la croissance. »

Il conseille de rationaliser le parc applicatif, les projets et les infrastructures, dans le but de fournir des capacités sous forme de services à coût variable. « C’est un des moyens pour libérer des marges de manœuvre et continuer à investir dans les nouveaux environnements. »

Eduquer les métiers

Lorsque c’est possible il convient de privilégier les nouveaux environnements. Cette approche n’est pas adaptée à tous les projets, mais il en y a pour lesquels cela est beaucoup plus rentable parce que la productivité associée, la rentabilité et les services rendus sont beaucoup plus forts.

Comme il y a de plus en plus d’investissements réalisés directement par les métiers cela a des impacts en termes d’intégration et de coût total de possession. Il s’agit alors d’éduquer les métiers, ce qui ne signifie pas de les restreindre mais de communiquer avec eux dans une approche conjointe et solidaire. « Une approche de type DevOps me parait être intéressante parce qu’elle permet de mettre les métiers, la direction de la production, la direction des études face à des responsabilités conjointes, » propose Sébastien Lamour.

60% des budgets  

De plus en plus d’achats sont effectués en direct par les métiers. « Ils représentent à peu près 60 % des budgets à l’heure actuelle. Et c’est un phénomène qui va croître. » Plutôt que d’aller contre ce phénomène il faut chercher à éduquer et à transmettre la manière de fonctionner. « Une approche intéressante est d’intégrer le due diligence informatique, c’est-à-dire d’étudier l’impact et les bénéfices de la solution que l’on souhaite mettre en place ». Cette approche doit être réalisée conjointement avec les métiers.

Sur les modalités opérationnelles à mettre en œuvre, on constate que les entreprises font souvent face à des difficultés lorsqu’elles veulent intégrer les solutions de type Cloud, mobile ou Big Data. « Ce que nous recommandons c’est de chercher à migrer vers ces nouvelles solutions plutôt que de chercher simplement des stratégies d’upgrade. Il s’agit de remplacer des technologies obsolètes pour mettre en place de nouveaux environnements qui permettront de développer ces nouvelles solution pour en tirer tout le bénéfice ».

Sécurité

La dernière recommandation importante consiste à mettre le sujet de la sécurité au plus haut niveau de l’entreprise. Le rôle de l’informatique ne cesse de croitre et intervient dans la définition des produits et des services.  « Pour que l’entreprise continue de fonctionner, il faut que ses services, qui reposent sur l’informatique, soient sécurisés. Il faut aussi que le comité de direction de l’entreprise soit sensibilisé sur ce sujet. »

« Nous sommes très clairement dans un changement d’ère, avec des opportunités majeures pour les entreprises qui réussiront à prendre en compte ces évolutions et par conséquent à se transformer. Il nous paraît essentiel que cette transformation soit portée par les hommes et les femmes des entreprises puisque ça signifie également un changement de culture » conclut-il.

Photo : Sébastien Lamour, senior Research and Consulting Manager à IDC, le 20 novembre. 

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Mourad Krim

Journaliste informatique chevronné, avec plus de 20 ans d'expérience, Mourad Krim a travaillé pour les plus grands magazines et hebdomadaires destinés aux professionnels de l’informatique. Il suit et analyse la révolution numérique depuis ses débuts.

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