3 millions d’emplois menacés en France à cause du numérique | La Revue du Digital

3 millions d’emplois menacés en France à cause du numérique

Avec l’arrivée du numérique, mêmes les emplois intellectuels sont menacés dès lors qu’ils correspondent à des tâches répétitives. C’est ce que montre l’étude réalisée par le cabinet Roland Berger. Les chiffres montent à 3 millions de postes concernés en France. Comment éviter ces suppressions ? En réformant notamment la formation continue.

A l’horizon 2025, le numérique pourrait supprimer jusqu’à 3 millions d’emplois en France. Ces suppressions concerneraient non seulement la production de biens matériels, mais aussi les services. C’est ce qu’annonce l’étude « Think Act : les classes moyennes face à la transformation digitale »  publiée par le cabinet Roland Berger.

Big Data, Machine Learning et Digital

La cause de ces suppressions ? Le Big Data, la digitalisation, les machines apprenantes. Ces technologies sont susceptibles de transformer profondément des activités de service, intellectuelles, qu’on croyait jusqu’ici protégées de l’automatisation, poursuit l’étude. Ce qui rend alors une tâche automatisable, qu’elle soit manuelle ou intellectuelle, c’est son caractère répétitif.

Les classes moyennes des services seraient durement touchées par ce mouvement. Des emplois intermédiaires sont à risque, il s’agit des fonctions administratives en entreprise, des métiers juridiques, ou de nombreuses fonctions d’encadrement qui ont été historiquement pourvoyeuses d’emploi pour la classe moyenne.

Certes, dans le même temps, la digitalisation de l’économie ouvre de nouvelles perspectives de création d’emplois, notamment dans les domaines de l’environnement, de la performance des entreprises, de la relation client et – bien sûr – des nouvelles technologies elles-mêmes, qui sous-tendent cette évolution.

Pas de substitution

L’étude reconnaît également que les entreprises digitales connaissent la croissance la plus dynamique et que les entreprises françaises doivent impérativement engager la numérisation de leurs activités. Mais pour Roland Berger, les emplois créés ne se substitueront pas aux emplois détruits, ni en termes de niveau de compétence requis, ni en termes de position sur la chaîne de valeur, ni en termes de répartition géographique. Conséquence, il faut lancer dès maintenant une stratégie volontariste pour anticiper les difficultés et saisir les opportunités.

Les gains de productivité liés à la numérisation des entreprises pourraient représenter dans 10 ans 30 milliards d’euros de recettes fiscales et 30 milliards d’investissement privé additionnels. Selon Roland Berger, la France doit engager une stratégie volontariste d’adaptation de son système productif aux enjeux du numérique.

 Ne pas répéter l’histoire

Le cabinet Roland Berger s’inquiète devant le faible taux de robotisation du secteur manufacturier français comparé à celui de ses concurrents, qui n’a pas permis à la France de protéger son appareil productif et ses emplois industriels. La perte de compétitivité liée au retard français a détruit beaucoup d’emploi industriel. Il faut éviter que l’histoire ne se répète, conclut l’étude.

Le cabinet Roland Berger prend comme exemple de la menace sur les tâches intellectuelles, le cas du logiciel Quill qui permet la rédaction de contenus factuels et simples, impactant forcément le journalisme sportif ou financier, les rapports annuels d’entreprise ou l’automatisation de contenus marketing et promotionnels.

Autre cas, le robot TUG d’Aethon qui se déplace dans des environnements imprévisibles, permet d’automatiser des tâches non répétitives comme la distribution de médicaments ou de repas dans un hôpital, une tâche jusqu’ici dévolue aux aides soignants. 140 hôtpitaux en sont équipés aux Etats Unis.

Machines apprenantes

Selon l’étude, trois grands types d’applications auront un impact important sur le marché de l’emploi, au vu des gains de productivité qu’ils génèrent. Il s’agit d’abord de l’informatique décisionnelle, qui repose sur du Machine Learning (machine apprenante), du Big Data et du Cloud, assurant des tâches jusqu’alors réalisées par l’homme.

De même, les objets connectés devraient permettre d’importants gains de productivité dans les secteurs de l’assurance, et de l’énergie. Enfin, la robotique avancée et en particulier les véhicules autonomes vont bouleverser le secteur des transports, taxis inclus.

Chômage à 18%

Face à ces menaces, l’étude évalue deux scénarios. Dans le premier, l’état pourrait être tenté de mettre en place des garde-fous réglementaires pour sauvegarder certaines professions menacées. Une telle stratégie ne serait efficace qu’à très court terme. Elle mènerait à une adaptation par le bas, et vers le Low cost. Les conséquences en seraient désastreuses, estime l’étude, avec un chômage grimpant à 13% ou 18% de la population.

Second scénario, l’étude préconise un soutien à la R&D, à l’investissement des entreprises, aux infrastructures numériques, l’amélioration de la coopération entre la recherche publique et privée, ainsi que le développement de clusters de taille suffisante pour lutter à l’international. De même, elle préconise le renforcement de l’intégration européenne afin de disposer d’un marché d’une taille suffisante.

Mobilité de la main d’oeuvre

Enfin, elle prône la remise en cause de la formation qui sépare les métiers techniques (de back-office) et les métiers de contact humain et de relation commerciale et demande de renforcer la mobilité de la main d’oeuvre en termes géographiques et de compétences tout au long de la vie.

Un tel scénario serait en mesure de compenser les destructions d’emplois liées à la numérisation, affirme le cabinet Roland Berger qui souligne toutefois qu’il se heurte à de nombreux freins culturels en France, dont la mobilité des travailleurs et l’échec du du système de formation continue qui coûte 25 milliards d’euros par an.

 42% des métiers concernés 

42% des métiers en France présentent une probabilité d’automatisation forte du fait de la numérisation de l’économie.  Pour la première fois, les métiers concernés ne pas uniquement les métiers manuels, des tâches intellectuelles sont de plus en plus nombreuses à être prises en charge par les outils numériques.

Courtier en assurance

L’étude de Roland Berger pointe vers le métier de courtier en assurance comme étant un de ces métiers susceptible de disparaître. On dispose désormais de comparateurs d’offres sur internet, et de gestion de portefeuille. Le coeur de l’activité de courtage peut être automatisé avec le courtier en ligne (Assur3D).

Et le logiciel de Backoffice de courtage Pro CRM tire parti du Big Data pour comparer instantanément un très grand nombre d’offres. La prise en charge par logiciel de tâches toujours plus nombreuses dans ce métier, pourrait réduire de 1800 le nombre de courtiers en France.

30 milliards

Au final, 3 millions d’emplois pourraient être détruits par la numérisation à l’horizon de 2025. De nombreux emplois de services seraient touchés. Dans le même temps, 30 milliards d’euros de recettes publiques additionnelles et environ 30 milliards d’euros d’investissements privés supplémentaires pourraient être générés grâce à la hausse de productivité liée à la numérisation de l’économie.

 

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Une réaction sur “3 millions d’emplois menacés en France à cause du numérique” :

  1. Cédric

    Pas sûr : par exemple, je n’ai pas de téléphone portable. Pourquoi ? Parce que ces trapanelles fonctionnent moins bien que les vieux téléphones à cadran d’il y a 40 ou 50 ans (allô ? allô ? allô ? Bah ça capte plus …). Autre exemple : l’autre jour, à l’occasion d’un colloque, un documentaliste était ravi de nous faire essayer une Biblibox … qui a planté alors que 60 personnes l’utilisaient. Des emplois peuvent être menacés par un numérique en état de marche, pas par celui – là. Je pense même qu’à force de publicité mensongère et de dysfonctionnements, le numérique peut tomber dans la même oubliette que le minitel.
    Et s’il n’y tombe pas, et qu’il menace en effet des emplois, il existe un mode de contestation consistant à détruire les machines : le luddisme. je suis prêt à m’y adonner le cas échéant.

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