Levée de fourches de 400 acteurs européens du numérique contre Google | La Revue du Digital

Levée de fourches de 400 acteurs européens du numérique contre Google

Des acteurs du numérique européen regroupés dans l’association OIP déposent plainte contre Google auprès de la Commission Européenne. En cause, l’abus de position dominante du moteur de recherche qui met en avant ses propres produits malgré leur manque de pertinence. 

Trop c’est trop. Google doit cesser de faire de son moteur de recherche une arme pour écraser sa concurrence. C’est ce que souhaite un ensemble d’acteurs européens de l’internet, qu’il s’agisse de la presse, de la vente en ligne, des médias ou du tourisme, qui se sont regroupés sous le nom d’OIP (Open Internet Project). On y trouve en particulier Lagardère Active, Axel Springer, et l’association Geste. Ils sont actuellement quatre cents acteurs du numérique.

Faire cesser des pratiques anticoncurrentielles

Ils ont déposé une plainte devant la Commission Européenne le 15 Mai afin que Google cesse ce qu’ils estiment être des pratiques anticoncurrentielles. Dans leur ligne de mire également, le commissaire européen Joachin Almunia, leur bête noire, qui a négocié directement avec Google un ensemble d’accords qui si ils étaient acceptés, serait une menace pour l’économie estime l’OIP et renforcerait encore la position de Google.

A terme, l’OIP rêve d’une séparation fonctionnelle de Google. On aurait d’un côté un moteur de recherche équitable, qui traiterait tout le monde, y compris les produits et les services de Google, selon la réelle pertinence des offres, et on aurait de l’autre coté, les produits et services de Google, tels que Google Shopping ou Youtube.

Une longue liste de griefs

Dans sa plainte, l’OIP détaille l’ensemble des griefs vis-à-vis de Google et la liste est longue. Pour l’OIP, Google abuse de sa position dominante dans les moteurs de recherche. Avec son moteur de recherche, Google discrimine ses concurrents par plusieurs moyens décrit l’association.

L’OIP demande à la Commission par cette plainte de conduire une analyse exhaustive de toutes les pratiques anticoncurrentielles de Google. De répondre à l’ensemble des problèmes anticoncurrentiels posés par Google, d’élargir l’application du principe de non-discrimination,  d’imposer un mécanisme d’analyse des changements d’algorithme du moteur de recherche dont l’effet  serait de fragiliser des rivaux.

L’OIP demande d’adopter une solution d’interopérabilité pour les administrateurs de sites, afin que les concurrents de Google ne soient pas emprisonnés dans l’écosystème Google, d’imposer des obligations à Google afin qu’il transmette ses données – en des termes justes, raisonnables et non-discriminants – à l’égard de ses concurrents.

Modifier la politique d’Adwords

De même, l’OIP souhaite contraindre Google à modifier sa politique en matière d’Adwords pour privilégier la qualité des liens plutôt que d’établir des contraintes indues sur les autres annonceurs. L’OIP veut imposer à Google de mieux cloisonner ses données, afin qu’il n’y ait plus de transmission opaque entre ses services et les espaces publicitaires.

Egalement, il s’agit d’amener Google vers des évolutions plus structurelles, comme la séparation fonctionnelle, afin qu’il ne puisse plus conduire de telles politiques anticoncurrentielles dans le futur. Enfin, l’OIP souhaite fare condamner Google à une amende, qui prenne pleinement en compte la gravité et la  durée excessive des violations commises.

Une initiative franco-allemande

L’OIP est une initiative franco-allemande initiée des groupes Axel Springer, Lagardère Active, CCM Benchmark, GESTE, ESML et le Seto, l’OIP souhaite fédérer tous les acteurs européens concernés dans une mobilisation transnationale et trans-sectorielle. 15 pays de l’Union Européenne sont représentés, et on y retrouve des start-ups, des groupes de presse, des éditeurs en ligne, des acteurs du e-tourisme, du e-commerce, de la e-culture, des associations de consommateurs.

Photo, de gauche à droite, Christoph Keese, du groupe de presse allemand Axel Springer, Denis Olivennes président du Directoire de Lagardère Active et Benoit Sillard, DG de CCM Benchmark Group le 15 Mai à la Cité Universitaire à Paris. 

Résumé de la plainte déposée par l’OIP

Pour l’OIP, Google promeut ses propres services et abaisse ses rivaux avec des changements brutaux et injustifiés d’algorithme qui affectent en priorité des sites concurrents – mais pas les propres sites de Google. Ces pratiques nuisent aux consommateurs et affaiblissent la concurrence – dans la mesure où les  consommateurs ne sont de fait plus capables de trouver les offres les plus pertinentes.

Google développe des stratégies pour mettre en avant ses propres plate­formes (comme YouTube et Google+) aux dépens de ses concurrents. Google promeut également ses services en accordant des Ad-Extensions (informations attachées à une publicité AdWords). Google récompense les annonceurs qui utilisent l’ensemble de ses services avec des publicités plus visibles et efficaces, induisant dès lors une incitation à l’emploi de tous les produits Google, autrement, ses rivaux se retrouvent « punis » par des prix d’affichage publicitaire plus élevés.

Google discrimine ses concurrents au travers de sa politique d’Adwords. La politique de Google est insidieuse, et a pour but principal de gêner ses concurrents en les empêchant d’utiliser les formulations les plus pertinentes pour les internautes. Un autre type d’abus concerne le refus de Google de fournir aux administrateurs de sites les données dites « referrers ». Ces données sont indispensables pour répondre finement aux demandes des utilisateurs. Elles donnent aux annonceurs des informations au sujet des recherches (mots-clés et pages visitées) des utilisateurs avant qu’ils ne visitent leur site.

A partir d’octobre 2011, Google a bloqué l’accès aux données « referrers » pour les recherches organiques. L’argument relatif au respect de la vie privée, avancé par Google pour justifier cette évolution, n’est pas cohérent dans la mesure où Google a continué à fournir ces données pour les recherches payantes. Le but de cette manoeuvre est bien de priver ses concurrents des données pertinentes d’utilisateurs.

Les données sont utilisées illégalement par Google pour renforcer sa position. Google entremêle indûment les données personnelles, amassées au travers de son moteur de recherche mais aussi via près d’une centaine d’autres services et produits.

Google Analytics / DoubleClick : de 2005 à 2011 Google a proposé Google Analytics gratuitement. Une fois que cette pratique agressive a éliminé les services concurrents, Google a commencé à facturer ce service à ses clients pour compenser ses pertes passées, ce qui revient à une politique de facturation prédatrice.

Google utilise son monopole sur le marché de la recherche pour se développer sur des secteurs adjacents. Un tel environnement nuit notamment au développement des PME – au détriment des consommateurs finaux – en réduisant le choix et augmentant les prix.

L’OIP s’énerve enfin face à l’accord proposé par la Commission européenne. Les propositions avancées par Google lui donnent carte blanche pour poursuivre sa stratégie discriminante pendant cinq années supplémentaires. Les engagements donnent une base légale à des pratiques abusives ; ils sont par ailleurs de courte-vue, ignorant délibérément les évolu­tions rapides et brutales de ce secteur.

Google resterait incité à maintenir des pratiques anti-concurren­tielles néfastes. Le système d’enchères proposé par Google dans lequel ses rivaux doivent payer pour apparaître en tant que liens ré­duirait encore davantage la concurrence. Cette solution augmenterait par ailleurs les coûts, lesquels seraient in fine répercutés sur les consommateurs finaux afin de préserver une marge minimale et pousserait les concurrents à mettre en avant leurs offres les plus profitables plutôt que les plus pertinentes.

 

 

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