Les Google Glass vues par la Poste : pas bête mais pas enthousiasmant | La Revue du Digital

Les Google Glass vues par la Poste : pas bête mais pas enthousiasmant

Les Google Glass ont été évaluées par plusieurs grandes entreprises françaises. La Poste a élaboré deux scénarios qui laissent sur sa faim.  Les lunettes soulèvent des questions de risque sanitaire et Google s’arroge le droit d’accéder à de nombreuses données.  

Les Google Glass suscitent l’intérêt des plus grandes entreprises françaises. La Poste a ainsi contribué à élaborer deux scénarios d’usage des lunettes Google dans ses métiers. On reste sur sa faim. On apprend au passage que ces lunettes font courir des risques sur la santé de leurs porteurs et sur la confidentialité des données, tout en étant fragiles pour un usage professionnel. C’est ce qu’a présenté Adrien Delepelaire, Project Manager du cabinet Faber Novel le 2 décembre, dans le cadre de l’événement organisé par la Poste sur le numérique à son siège parisien.

Les grandes entreprises françaises intéressées

Les grandes entreprises françaises sont curieuses des impacts des Google Glass. Elles ont mutualisé le coût de l’évaluation de l’usage des Google Glass auprès du cabinet Faber Novel il y a deux mois. Les groupes concernés sont la Poste, les laboratoires Biomérieux, le transporteur Keolis, Orange, la SNCF, la Société Générale, Carrefour, le groupe Lagardère, Leroy Merlin et France Télévision.

Des deux scénarios de la Poste, le premier est plutôt décevant, car il duplique un modèle existant de livraison sans le réinventer, et le second évoque des usages encore peu répandus. Le premier scénario consiste à remplacer le terminal portable (la douchette) des livreurs de colis dans le cadre du service coliposte. L’atout principal est de libérer les mains du livreur, qui dispose dans son champ de vision des instructions à suivre à chaque instant, tout en étant guidé à la voix, depuis le scan des codes barres des colis,  jusqu’au déplacement dans les immeubles en passant par le trajet en voiture. Cela peut aussi servir à former de nouveaux livreurs ou à définir une offre de livraison premium, évoque Adrien Delepelaire.

Le livreur porte plus confortablement ses colis à deux mains grâce aux lunettes. Elles le guident à chaque étape du trajet et du processus de livraison qui ne change guère par rapport à celui qui existe actuellement. “L’idée est de contextualiser le travail avec des outils d’aide” précise Adrien Delepelaire.

Les transactions entre particuliers

Le second scénario est un peu plus surprenant. Il a été élaboré avec la Banque Postale, il s’agit de favoriser les transactions bancaires entre particuliers. La personne du test transfère une petite somme vers une amie quand elle la rencontre car elle lui doit de l’argent. Il suffit de dire “OK Glass, payer 15 €.” Afin de valider la transaction, et de s’assurer que c’est bien le titulaire du compte bancaire qui réalise le virement, le porteur de lunettes doit passer sa carte bancaire sans contact (NFC) à la hauteur de l’électronique de ses lunettes. Cela authentifie l’auteur de la transaction qui possède à la fois les lunettes et la carte bancaire.

Des précautions à prendre

Durant la présentation, on aura également appris que les lunettes de Google posent des questions de santé et de confidentialité des données. L’exposition aux ondes est plus forte qu’avec un téléphone mobile car l’électronique est proche durant toute la journée de l’oreille et du cerveau. La partie calcul des lunettes est très proche de l’oeil et des tempes, où il n’y a pas de protection osseuse. Les ondes Bluetooth et Wifi sont en outre à plus hautes fréquences que les ondes de la 3G. Dans le cas où les lunettes sont portées en permanence, l’exposition cumulée aux ondes est beaucoup plus rapide. Il y a donc des précautions à prendre pour des tests en entreprise, en déduit Adrien Delepelaire.

Autre préoccupation, Google capte toutes les données qui passent via les lunettes. Elles ne sont donc pas adaptées à des usages métiers confidentiels, prévient-il.  Google considère d’ailleurs que la loi informatique et libertés ne s’applique pas à lui, poursuit-il. Par défaut, Google collecte la position GPS, l’email, le téléphone, l’dentifiant de l’appareil, la photo du profil, les cookies, etc . “Il existe un risque de perte de données au profit de Google” souligne Adrien Delepelaire. Quoiqu’il en soit, “les Google Glass sont un objet fragile, pas forcément adapté à un usage professionnel” pointe-t-il.

Des lunettes qui disposent d’un magasin d’applications évolutif

Les lunettes Google ont des points communs avec les smartphones. En particulier, elles s’accompagnent d’un magasin d’applications évolutif.  Une version 2 est en cours de développement. Un kit de développement vient de sortir, le GDK (Glass Development Kit). Google a apporté en septembre dernier la possibilité de reconnaître un morceau de musique, à la manière de Shazam. En octobre, Google a ajouté une application d’assistance au transport de porte à porte.

Pour reconnaître une musique, on peut utiliser le pad sur les lunettes ou utiliser le mot clé “What song is this ?” Pour identifier un itinéraire, il faut dire la phrase “OK Glass, get directions to …” pour que l’information s’affiche au coin de l’oeil en fonction du mode de transport choisi (métro, bus, tram, …). Les lunettes indiquent les connexions possibles et le temps total de trajet.

Dans le même temps, Google acquiert des technologies qui peuvent s’intégrer aux lunettes. Par exemple, Flutter est une application qui permet d’effectuer des gestes simples pour commander à distance certains outils ou logiciels via une webcam.

Les lunettes Google ne possèdent pas de puce 3G pour téléphoner directement. Il faut passer par son smartphone au travers d’une liaison bluetooth afin d’accéder au réseau mobile. En revanche, elles intègrent du Wifi et une électronique de calcul qui sont placés juste à la hauteur d’une zone du cerveau non protégée. L’exposition aux ondes est plus forte qu’avec un smartphone que l’on ne conserve que relativement peu de temps à hauteur de l’oreille.

Côté interface de commande, les lunettes parlent anglais avec l’accent américain, il n’est donc pas forcément simple de se faire comprendre quand on est français.

Les lunettes peuvent enregistrer de courtes vidéo de 10 secondes, ou transmettre en streaming le flux qu’elles filment. L’autonomie est alors d’environ 2 heures. L’autonomie pour un usage standard est d’une journée. Les lunettes ne peuvent pas proposer de réalité augmentée car le viseur est situé légèrement au-dessus de l’axe de la vision, sur la droite de l’utilisateur.

Les lunettes Google ne sont pas encore commercialisées. Elles ont été délivrées à 10 000 personnes, et 20 000 autres personnes sont à venir. Le prix officiel actuel d’une paire de lunettes est de 1500 $ mais “le prix de l’ensemble des composants est de 150 à 200 $. le prix commercial devrait être entre les deux, aux alentours de 600 $”  pense Adrien Delepelaire.

Photo : un membre du public se photographie avec les lunettes Google. A droite, Adrien Delepelaire, Project Manager chez Faber Novel qui a présenté l’étude des Google Glass que son cabinet a réalisée pour la Poste et plusieurs grandes entreprises françaises. 

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