« Plus les hommes politiques comprennent l’entrepreneuriat, moins on les écoute » pour Jean-David Chamboredon | La Revue du Digital

« Plus les hommes politiques comprennent l’entrepreneuriat, moins on les écoute » pour Jean-David Chamboredon

Plus un dirigeant politique comprend l’entrepreneuriat moins il pèse politiquement affirme Jean-David Chamboredon, patron du fond d’investissement ISAI. Il s’exprimait lors du Web2connect à Saint Denis, le 7 novembre 2013. Il a découvert et fréquenté les politiques lors du mouvement des pigeons, qui s’insurgeaient il y a quelques mois contre la taxation des plus values par le gouvernement lors de la revente d’une startup.

« Cela m’a montré que les gens qui nous dirigent ont une vision macro et top down de l’économie. Alors que la vraie vie c’est micro et bottom up » dit-il, animé d’un désabusement froid. Il poursuit, soulignant la fausse vision des politiques : « les politiques vont dire que la croissance crée l’emploi. Or, c’est l’inverse. »

Face à cette situation, il a rejoint le parti politique de Denis Payre, fondateur de Business Objects, « Mouvement Citoyen », en tant que militant.

Il s’insurge de la fiscalité en France. « Si tout est confisqué d’un point de vue fiscal, l’entrepreneuriat va aller ailleurs, idem pour l’investisseur. La vision macro économique du politique contre celle de l’entrepreneur ont du mal à se parler » souligne-t-il. « Lors du mouvement des pigeons, j’ai rencontré des parlementaires et des ministres. Il y a un gap de compréhension. On a identifié des gens. Plus ils comprennent moins leur poids politique est fort » regrette-t-il. « Pour un homme politique, il est plus porteur de parler du mariage gay ou du thème de l’Europe qui empêche d’agir. »

Actuellement, le mouvement des pigeons lutte contre l’amendement de Christian Eckert à l’assemblée.  « Mais le mouvement des pigeons va s’éteindre naturellement. Ce qui dure est France Digital » ajoute-t-il. C’est qu’il s’agit de développer l’entrepreneuriat en France.

Jean-David Chamboredon, veut que l’on puisse transférer l’épargne des Français dans l’économie réelle. Autre obstacle, « il est impossible aujourd’hui en France d’associer ses salariés à son capital » pointe-t-il. Il cite l’exemple de Criteo qui vient d’entrer en bourse aux Etats Unis. « En France, la société est trop grosse. Elle ne peut pas faire entrer ses salariés à son capital. Elle pourra le faire partout ailleurs, aux Etats Unis par exemple, à San Francisco. Parce que Criteo est trop gros, on empêche tous les salariés d’entrer à son capital pour empêcher certains ‘fat cat’ de rentrer au capital d’entreprises du CAC 40 » décrit-il. Dans ces conditions, il devient difficile de faire entrer les bons talents dans une entreprise,estime-t-il.

Il propose également une vision critique des dispositifs de Crédit Impôt Recherche et de Crédit Impôt innovation souvent vantés en France. « Ce sont des dispositifs arbitraires. C’est un fonctionnaire qui peut décider si vous êtes innovant ou pas. La vision scientifico- technique du ministère de la recherche est inadaptée » martèle-t-il. Il veut souligner que « le Crédit Impôt est un remboursement du trop perçu de l’état et pas une aide de l’état ! »

Il a donné un coup de projecteur sur le fonctionnement de ISAI et de ses arbitrages face aux multiples startups qui lui proposent des projets à financer. “Nous recevons 1500 dossiers par an. Nous réalisons 400 rencontres, et 40 dossiers sont remontés à Pierre Kosciuscko-Morizet et à Geoffroy Roux de Bezieux. Au final,  nous finançons 4 dossiers, par an” résume-t-il.

il relativise le poids de l’investissement dans les startups en France comparativement aux Etats Unis. “Ramené au PIB, les Etats Unis investissent 30 fois plus que la France” pointe-t-il. il estime en outre que l’Europe pèche dans le passage d’un financement d’une startup de 1 million d’euros à 10 millions d’euros. Ce qui n’est pas le cas aux Etats Unis, conclut-il.

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